L’actualité de l’idée de république (C. Schmelck)

Atelier « L’idée de république »,
animé par Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni

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« L’actualité de l’idée de république »

Séance du 18 mars 2017, 10h-12h30,
Attention : la séance a lieu à l’ENS 45 rue d’Ulm, salle des Résistants
S’inscrire avant le 14 mars pour assister à la séance : formulaire sur cette page.

Clara Schmelck, journaliste à Intégrales et Socialter, philosophe des médias.

Aujourd’hui, lorsque les médias français s’interrogent sur l’actualité de l’idée de République, ils scrutent les failles, les manquements ou les difficultés d’accomplissement de ce qu’ils entrevoient sans précision soit comme un type de gouvernement soit comme un idéal, cela non sans prendre le risque de laisser s’évaporer l’idée de République dans une atmosphère chargée de polémiques de circonstances. C’est ainsi que dans les actualités diffusées dans les journaux, à la télévision ou sur internet, la République apparaît de plus en plus souvent comme une abstraite incantation magique venant donner une tonalité édifiante à un article relatant un fait politique marquant. On invoque « les valeurs de la République » comme si cette expression figurait une transcendance absolue imposant ou bien obéissance immédiate, ou bien procès imminent.

Cette « idée » actuelle de la République relève en fait de représentations influencées par notre époque. La République, selon l’opinion que l’on s’en fait, serait ou bien un outil indispensable pour façonner la démocratie aujourd’hui, ou bien, a contrario, une notion caduque incapable de donner corps, trois cents ans après la Révolution qui l’a installée, à une société démocratique en France. L’enjeu est de sonder si ce fameux « idéal républicain » est porteur oui ou non du « vivre ensemble » démocratique, à savoir de la concorde civile fondée sur l’égalité en droits de tous les citoyens.

Notre démarche cherchera à quitter la sphère de l’opinion et des représentations pour revenir sur les principes philosophiques dans lesquels s’enracine la République, et parvenir ainsi à démontrer qu’en son idée, la République n’est pas un édifice conceptuel figé dans le passé, ni encore un outil à manipuler pour déverrouiller les engrenages de la société de notre temps, mais un processus qui joint et la pensée et l’action civiques. Et c’est paradoxalement en cela que la République est actualisable.

À cette fin, nous soutiendrons cette idée de la République : « le vivre ensemble » que porte la République est un mouvement de constitution d’un rapport commun des libertés, où chaque liberté individuelle, sans cesser d’être individuelle, en sa vocation de dépassement, donne aux autres et reçoit toutes les autres libertés. Précisément, ce qui fait l’actualité permanente de la République, c’est-à-dire ce en quoi elle existe en acte, c’est la possibilité d’une subjectivation de l’unité politique à l’échelle individuelle qui soit compatible avec l’affirmation de la liberté du sujet en tant que personne juridique qui a la responsabilité des actes politiques.

Autrement dit, la République s’actualise à travers le processus continu de citoyenneté des personnes qui y participent. Le citoyen de la République n’a sa véritable actualité qu’en contribuant à se faire lui-même avec ses concitoyens, par un devenir volontaire tout au long de sa vie, d’abord en tant qu’élève de l’école de la République, puis en tant que lecteur/auteur de la presse libre. Dans cette perspective, l’instruction publique et la presse libre ne sont pas des « leviers » de la République, comme on le lit souvent, mais des moments du processus républicain.

À travers l’analyse de la citoyenneté, processus singulier de civilisation, nous décrirons l’idée de République telle l’idée vivante qui fonde la possibilité d’une démocratie.