Retrouver le chemin de l’émancipation humaine. Une piste à étudier : la République sociale (Bernard Teper)

Atelier « L’idée de république » (3e année) animé par Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni

Séance du 25 mai 2019

École Normale Supérieure 45 rue d’Ulm 75005 Paris, salle Weil, 10h-12h30

Comment retrouver le chemin de l’émancipation humaine ? Une piste à étudier : la République sociale

par Bernard Teper, co-animateur du Réseau Education populaire (REP), co-auteur avec Pierre Nicolas de Penser la république sociale pour le XXIe siècle, éd. Eric Jamet, 2 vol., 2014 et 2015

Dans un monde de régression démocratique, laïque, sociale et écologique, la question présentée ci-dessus devient pressante. Tant du point de vue théorique que du point de vue pratique. Le recul de tous les principes républicains dans ces dernières décennies nous oblige à constater le recul de la République, voire son effacement progressif.

Face à cela, des intellectuels, des citoyens éclairés, des militants, tentent de défendre cette République menacée. Sans grande efficacité ! Et s’il fallait changer le logiciel ? Et s’il fallait mieux appréhender la séquence actuelle ? Et si Albert Einstein avait une fois de plus raison lui qui disait : « On ne résout pas un problème avec les modes de pensées qui l’ont engendré ».

Nous partirons d’un texte qui a marqué tout un réseau de citoyens éclairés et de militants : http://www.mezetulle.net/article-qu-est-ce-que-la-republique-laique-i-par-j-m-kintzler-43435412.html . Ce texte de Jean-Marie Kintzler explicite philosophiquement le passage de l’Etat totalitaire à l’Etat de droit notamment lors de la Révolution française. Il est pour nous un point de départ de notre réflexion.

Cependant, l’évolution du capitalisme et surtout de sa dernière phase néolibérale, ainsi que celle de l’Union européenne et de la zone euro ont modifié l’ensemble des alliances et des antagonismes sociaux et politiques. Mais aussi ont engagé des reculs de l’Etat de droit et des principes républicains dans notre pays surtout pour ceux qui n’en restent pas aux principes formels pour s’intéresser aux principes dans leur réalité matérielle. Il n’est plus possible alors pour des promoteurs d’une philosophie matérialiste de dissocier la promotion de ces principes de l’environnement économique, social et politique dans lequel s’élaborent et vivent ces principes.

Notre propos s’engagera donc dans une analyse de la double filiation philosophique et historique du modèle politique de la République sociale, seul modèle politique crédible « en magasin » compatible, selon nous, avec les principes républicains. Sera présenté le modèle politique évolutif de la République sociale avec notre proposition «XXIe siècle » de ses principes constitutifs, de ses ruptures nécessaires, de ses exigences indispensables et de sa stratégie de réalisation.

S’inscrire (avant le 23 mai) pour assister à la séance :

Conditions d'accès

Les ateliers sont ouverts à tout adhérent de la Société française de philosophie, dans la limite des places disponibles. Les non-adhérents peuvent également y assister avec l’accord du responsable de l’atelier. Toutefois, les salles ayant des capacités limitées et l'accès aux locaux étant soumis à des consignes de sécurité, il est impératif de prendre contact préalablement avec un responsable de l’atelier.

Atelier « L’art et les beaux-arts » 2019-2020

Atelier 2019-2020 animé par Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni
« L’art et les beaux-arts »

Appel à communications

Après « Le monde », « L’idée de science », et « L’idée de République », l’atelier de la Société française de philosophie organisé par Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni propose pour la prochaine année scolaire un nouveau thème de réflexion : « L’art et les beaux-arts ».

Nous invitons les adhérents de la Société française de philosophie, mais également les professeurs de philosophie, qu’ils enseignent à l’université ou en lycée dans les classes terminales et les classes préparatoires aux grandes écoles, à proposer dans le cadre de ce nouveau thème une communication sur le sujet de leur choix. Ils pourront ainsi venir traiter les questions qu’ils ont particulièrement travaillées, que ce soit ou non dans un cadre de recherche universitaire. Nous rappelons que la plus grande diversité des sujets choisis est admise parce qu’elle est philosophiquement nécessaire. La participation au travail de cet atelier sera évidemment toujours ouverte à ceux qui le souhaitent sans avoir nécessairement proposé une communication. Il est possible de lire sur ce site les communications qui ont déjà été faites dans les divers ateliers organisés par la SFP depuis 2009.

Les séances ont lieu à Paris quatre samedis de 10h à 12h30 dans les locaux de l’École normale supérieure, 45 rue d’Ulm (75005). Il est souhaitable que chaque intervention se limite à environ 1h30 pour laisser le temps nécessaire à un vrai échange philosophique. Les dates de cet atelier sont choisies en fonction de celles des conférences de la Société française de philosophie qui ont lieu à la Sorbonne le samedi à 16h, quatre samedis par année scolaire et pour la prochaine année les :

  • 16 novembre 2019
  • 18 janvier 2020
  • 21 mars 2020
  • 23 mai 2020

Appel à candidature et renseignements : écrire à <sfpatelierart[arobase]sofrphilo.fr>

Sienne 1288-1355. L’idée de république réinventée, l’expérience du Conseil des Neuf (Cécile Loisel)

Atelier « L’idée de république » (3e année) animé par Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni

Séance du 11 mai 2019

École Normale Supérieure 45 rue d’Ulm 75005 Paris, salle Weil, 10h-12h30

Sienne 1288-1355. L’idée de république réinventée, l’expérience du Conseil des Neuf

par Cécile Loisel, professeur au lycée Galilée de Franqueville-Saint-Pierre,
secrétaire générale adjointe de la Société française de philosophie.

Dès le milieu du XIIe siècle, les cités du Nord de l’Italie, s’inspirant du modèle antique, s’émancipent du Saint-Empire romain germanique et inventent de nouveaux modèles de république. Les références conceptuelles de ce genre inédit de « regimen » sont pour partie empruntées au droit romain dont la connaissance était alors renouvelée par la découverte fortuite d’un exemplaire complet du Digeste Justinien. La philosophie de Cicéron et, à travers ses écrits, les théories politiques de Platon et d’Aristote fournissent également à ces nouveaux citoyens les moyens conceptuels de mettre en place les conditions concrètes de l’exercice d’un pouvoir républicain. L’exemple de Sienne nous montre comment les marchands, la « mezza gente », dirigent la cité au nom du bien commun sans lequel il n’y a ni justice ni liberté. Pendant près de soixante-dix ans, le Conseil des Neuf, désigné pour un mandat de deux mois, va mener l’expérience républicaine la plus longue du Moyen Âge. Sa longévité n’est pourtant pas synonyme de stabilité : la guerre, sous la forme hideuse du « guasto » est à l’extérieur l’horizon permanent de la cité tandis qu’en son sein menace constamment la « stasis » – produite ou bien par la « faide« , la haine qui déchire entre elles les grandes familles ou bien par les séditions qui soulèvent régulièrement le peuple qui réclame justice. Par quelle solution politique une concorde pourrait-elle émerger de ces forces contradictoires?

C’est en 1340, alors que le modèle républicain siennois connait un déclin irrémédiable, qu’Ambrogio Lorenzetti achève pour la Salle du Conseil des Neuf du Palazzo Pubblico une série de peintures murales qui dévoile une vision réaliste des choses du pouvoir tout en exaltant l’idéal républicain comme seul gouvernement désirable des hommes, vertueux ou non. En effet, si l’on faisait le dessin de l’honnêteté, « si les yeux pouvaient la voir », écrit Cicéron en citant Platon, « elle nous inspirerait un merveilleux amour de la sagesse » (Cicéron, Traité des devoirs, I, v). Mais le discours pictural de Lorenzetti doit être lu pour lui-même, c’est-à-dire comme l’illustration d’une certaine idée de la république, en un lieu et en un temps déterminés et non comme l’illusion rétrospective d’une anticipation des républiques modernes. C’est cette incarnation particulière de l’idée de république que notre propos s’efforcera de restituer afin d’apercevoir les problèmes philosophiques qui diffèrent des nôtres et ceux qui sont les mêmes. Ainsi, du fond de ce vaste laboratoire politique que fut le Moyen Âge italien, nous parviennent peut-être des solutions, à coup sûr une poignante mise en garde sur la fragilité de toute république.

S’inscrire (avant le 9 mai) pour assister à la séance :

Conditions d'accès

Les ateliers sont ouverts à tout adhérent de la Société française de philosophie, dans la limite des places disponibles. Les non-adhérents peuvent également y assister avec l’accord du responsable de l’atelier. Toutefois, les salles ayant des capacités limitées et l'accès aux locaux étant soumis à des consignes de sécurité, il est impératif de prendre contact préalablement avec un responsable de l’atelier.

La laïcité de la République. Un point de vue juridique (par G. Calvès)

Atelier « L’idée de république » (3e année)
animé par Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni

Séance du 16 mars 2019

École Normale Supérieure 45 rue d’Ulm 75005 Paris, salle Weil, 10h-12h30

La laïcité de la République. Un point de vue juridique

Gwénaële Calvès, professeur de droit public à l’Université de Cergy-Pontoise.

La France est une République laïque », énonce la Constitution de 1958. Lapidaire, l’affirmation est spécifiée, en droit positif, par un ensemble de principes ou de règles que nous commencerons par présenter. Chemin faisant, nous essaierons de montrer que les « composantes du principe de laïcité », comme disent les juristes, forment un système très cohérent, au service des idéaux constitutifs de la République : souveraineté, liberté, égalité.

Mais le système s’avère structurellement instable, car il est porteur d’exigences qui, dans certaines situations, peuvent s’avérer contradictoires. Il est alors traversé par des conflits de droits qui se résolvent, soit par des réaménagements au sein même du principe (une composante se voit accorder la priorité sur les autres, non pas in casu mais de manière pérenne), soit par le recours à des techniques plus ponctuelles, dites « de conciliation » (exemption, dérogation, accommodement raisonnable, suspension pure et simple de la règle applicable…). Nous proposerons une typologie sommaire de ces différents cas de figure, pour les soumettre à la discussion collective.

 

 La République et l’universel : vers un universel avec adjectif ? (par N. Fartas)

Atelier « L’idée de république » (3e année)
animé par Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni

Séance du 19 janvier 2019

École Normale Supérieure 45 rue d’Ulm,
salle Weil, 10h-12h30

La République et l’universel : vers un universel avec adjectif ?

Nadia Fartas, professeur de Lettres, docteur en littérature, membre du comité de rédaction d’Images Re-vues, enseigne l’esthétique et la théorie des arts.

La Constitution de la République française repose sur l’idée d’universel puisque est stipulé que chaque être humain est considéré en tant que citoyen jouissant des mêmes droits que son semblable en raison de son indépendance vis-à-vis des appartenances à un ou plusieurs groupes, sans pour autant que soient niés les particularismes, la République étant démocratique. C’est pourquoi quand elle a lieu la remise en cause de l’universel se fait, le plus souvent, au nom d’une remise en cause de cette forme d’organisation politique, et partant, de l’État de droit. Est entre autres reproché à l’universalisme républicain, qui découle du projet des Lumières et de la Révolution, de faire fi de l’accès tardif des femmes aux droits civiques ainsi que des violences liées à l’uniformisation linguistique. Le projet républicain est en outre réduit à l’expansion coloniale et aux horreurs du colonialisme. Ne sont ainsi retenues que les trahisons et transgressions des principes républicains, lesquels sont adossés à la justice sociale. Une autre critique adressée à l’universalisme républicain consiste à confondre universalisme et uniformité, de sorte que les singularités et les différences seraient étouffées. D’autres soutiennent en revanche que tendre vers l’universel est la seule manière de remédier aux inégalités, aux discriminations et aux injonctions abusives. En ce sens, viser l’universel relève de l’exigence. L’universel fait donc beaucoup parler. Entre la suspicion et l’exigence, certains philosophes, sociologues ou essayistes s’attachent ainsi aujourd’hui à cerner les contours hautement politiques de la notion d’universel. L’une des marques de cette entreprise réside dans le mouvement de caractérisation dont l’universel fait l’objet. Concret, abstrait… mais aussi « humain », « rebelle », « contrarié », « intensif » : quelles réponses ces formes de qualification offrent-elles ? On verra comment celles-ci cherchent à refonder l’universel en renouvelant notamment les relations que cette notion entretient avec le singulier.

 

L’idée de république et la propriété (par A. Foucher)

Atelier « L’idée de république » (3e année)
animé par Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni

Séance du 17 novembre 2018

École Normale Supérieure 45 rue d’Ulm,
salle Weil, 10h-12h30

« L’idée de république et la propriété »

Alexandre Foucher, commercial informatique, professeur de stratégie à l’IAE

Depuis Platon, la philosophie s’est faite politique afin de déterminer l’idée de République, c’est-à-dire afin de déterminer quel est le bon gouvernement, quelles sont les meilleures Cités. Déterminer l’idée de République permet d’avoir un modèle à partir duquel on peut mettre en place la critique et faire des recommandations politiques et sociales. L’idée de République est l’idée de justice appliquée à l’organisation du vivre ensemble : c’est la justice politique, c’est la justice dans la répartition des droits et des devoirs, dans la limite et l’épanouissement de la liberté, dans le respect de la propriété.

Ici nous tâcherons de montrer comment l’idée d’une bonne République est en fait déterminée par la notion que son penseur a de la propriété. C’est peut-être en fait moins la notion de justice qui détermine l’idée de République, que les notions, parfois présupposées, sur les droits à la propriété. L’évolution de la notion de propriété permet de remettre en perspective les positions de gauche de nombreux philosophes, ainsi que la notion même de justice individuelle et collective.

Pour cela nous travaillerons principalement sur Platon, La République, et Locke Le second traité du gouvernement.

Références bibliographiques

  • Platon, La République, La Pléiade
  • Platon, Timée, GF-Flamarion, trad Luc Brisson
  • Locke, Le second traité du gouvernement, PUF Epiméthée
  • Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Gallimard
  • Rousseau, Du contrat social, GF-Flamarion
  • Monique Dixsaut, Études sur la République de Platon, Vrin
  • Alexandre Matheron, Individu et collectivité chez Spinoza, Éditions de Minuit

Lire et télécharger le texte intégral de l’intervention (tous droits réservés).

Atelier « L’idée de république » 3e année 2018-2019

Atelier 2018-2019 « L’idée de République 3e année » (responsables: Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni)

5 séances le samedi de 10h à 12h30 à l’École Normale Supérieure, 45 rue d’Ulm, salle Weil (rez-de-ch.)

  • 17 novembre 2018, Alexandre Foucher (commercial informatique, professeur de stratégie à l’IAE) : L’idée de république et la propriété.Lire la présentation et télécharger l’intégralité du texte.
  • 19 janvier 2019, Nadia Fartas (professeur de Lettres, docteur en littérature, membre du comité de rédaction d’Images Re-vues, enseigne l’esthétique et la théorie des arts) : L’idée de république et l’universel.
  • 16 mars 2019, Gwénaële Calvès (professeur de droit public à l’université de Cergy-Pontoise) : La laïcité de la République. Un point de vue juridique.
  • 11 mai 2019, Cécile Loisel (professeur au lycée Galilée de Franqueville-Saint-Pierre, secrétaire générale adjointe de la Société française de philosophie) : L’idéal de gouvernement républicain dans les communes italiennes au XIVe siècle, l’exemple de Sienne.
  • 25 mai 2019 : Bernard Teper (co-animateur du Réseau Education Populaire (Rep), co-auteur de Penser la République sociale au XXIe siècle) : L’idée de république sociale.

République ou démocratie ? (par A. Baudart)

Atelier « L’idée de république » (2e année)
animé par Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni

Séance du 26 mai 2018

École Normale Supérieure 45 rue d’Ulm,
salle Beckett, 10h-12h30

 

« République ou démocratie ? »

Anne Baudart, professeur de chaire supérieure et essayiste, secrétaire générale de la Société française de philosophie et vice-présidente de l’Association internationale des Sociétés de philosophie de langue française

Le libellé programmatique de cet atelier : République ou Démocratie ? est proposé à l’interrogation autant qu’à l’investigation. Pourquoi l’apparente – ou réelle – disjonction ? Cache-t-elle une forme de conjonction à dévoiler peu à peu ?

L’histoire antique et moderne sera la toile de fond de l’analyse et du questionnement. Par ailleurs, le terme politeia ouvre déjà la réflexion sur un ensemble de questions. Il désigne à la fois la « république », comme genre ou comme idée, mais aussi « le gouvernement » ou la « constitution ». Il peut, de plus, être à incidence individuelle ou collective, théorique ou pratique.

Chez Hérodote, là où on le voit apparaître au Ve siècle avant notre ère, il désigne le « droit de cité ». L’emploi du terme est d’abord rare, puis se répand avec une plus grande fréquence chez les historiens (Hérodote, puis Thucydide), les orateurs et les philosophes. Platon et Aristote ont consacré à la Politeia des analyses de poids et Aristote a même consigné 158 constitutions dont il ne nous reste que la Constitution d’Athènes, si riche en éléments juridiques et politiques. Grâce à elle, par exemple, en s’appuyant aussi sur d’autres sources, il est permis de saisir les moments clefs du siècle ouvrant à la fondation démocratique, de comprendre les raisons de sa brève durée gouvernementale, puis celles de son déclin.

Nous ne manquerons donc pas de consulter le legs gréco-romain sous plusieurs angles, notamment historien, juridique et philosophique.

Le couple « République et/ou Démocratie » y circule-t-il ? Selon quelles combinatoires, selon quels avatars ? Quel enseignement délivre-t-il pour la postérité ? De quelles institutions lui sommes-nous redevables ?

En quoi le De Republica de Cicéron a-t-il marqué Jean Bodin ou Jean-Jacques Rousseau ? Peut-on tracer des lignes de force où d’un côté, la République renverrait à un idéal-type, de l’autre à un régime politique, qui la mettrait aux côtés de la démocratie ? Le débat, dont l’origine est antique, prend un regain de vigueur au XVIIIe siècle, si l’on compare la théorie politique d’un Rousseau ou d’un Montesquieu. Par ailleurs, l’empreinte de Platon sur Kant ne peut pas être passée sous silence lorsqu’on traite de l’Idée de République et de ses vertus

Chez les Anciens comme chez les Modernes, l’apparente ou réelle disjonction République ou Démocratie ? contraint à revisiter une tradition philosophique ancrée sur la longue durée, soucieuse de défendre la cause du bien public et l’intérêt de citoyens épris, hier, comme aujourd’hui, de liberté, d’égalité et de fraternité.

Télécharger l’intégralité du texte en pdf (tous droits réservés).

De l’idée de république à l’esprit de république : J.-J. Rousseau… (par Henri Élie)

Atelier « L’idée de république » (2e année)
animé par Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni

Séance du 17 mars 2018

Ecole Normale Supérieure 45 rue d’Ulm,
salle Weil, 10h-12h30

 

« De l’idée de république à l’esprit de république :
Jean-Jacques Rousseau et la vocation politique du penseur »

Henri Élie, professeur de chaire supérieure, inspecteur pédagogique régional.

Cette intervention visera tout d’abord à présenter les raisons principales pour lesquelles la philosophie de Jean-Jacques Rousseau nous a semblé un apport incontournable dans une réflexion sur l’idée même de République, qui fait l’objet de notre atelier.

La première de ces raisons, et la plus manifeste, est que Jean-Jacques Rousseau est sans doute avec Emmanuel Kant le penseur moderne qui a, de la manière la plus affirmée et la plus explicite, proprement identifié la notion même d’Etat de droit, d’association politique légitime, à celle de République. Rappeler les gestes essentiels ( et d’abord, la sorte de « révolution copernicienne » opérée par Rousseau dans le champ politique) qui permettent cette identification et chercher à en rendre raison – précisément en ne faisant d’abord appel qu’à la seule raison et en fournissant ainsi à la politique un véritable principe, principe dès lors suffisamment souverain pour s’imposer aux peuples comme à leurs princes – tel sera l’objet du premier temps de l’intervention.

Mais si ce premier temps nous permettra de saisir la République comme une véritable Idée de la raison, qui se distingue, comme on le sait, d’un simple idéal de l’imagination, notamment par sa capacité à tenir le rôle d’un véritable principe constitutif, en l’occurrence du « droit politique » (cf. le titre même du Contrat Social ou Principes du droit politique), il nous faudra pourtant, dans un second temps, prolonger la réflexion sur ce que peut et doit être la saine constitution d’une République si l’on veut, non seulement comprendre ce que peut être son acte (y compris au sens juridique du terme) de naissance, non seulement même les puissances qui lui permettent de vivre par l’expression et l’exercice de sa volonté libre, mais aussi comment elle peut parvenir à conserver le plus longtemps possible son unité et son intégrité (tant physique que morale) en dépit des processus internes qui, pour le corps politique produit par l’art des hommes comme pour tout corps vivant produit par la nature, œuvrent dès la naissance à sa destruction. Le second temps de l’intervention cherchera alors à mettre en évidence que cette puissance de veille et de sauvegarde de l’intégrité du corps politique des peuples libres, seule à même de résister à l’incessante tendance de ceux qui détiennent le pouvoir à l’usurper à leur seul profit (quand bien même en République, ils n’en sont que les commis), ne réside pas seulement dans la compréhension intellectuelle de l’idée de République, mais dans un sentiment qui en constitue la vertu politique essentielle. Ce sentiment et cette vertu politique sans lequel l’Idée même de République risque d’être privée de puissance, c’est ce que nous proposerons d’appeler l’esprit républicain ou l’esprit de République.

La conclusion pourra alors insister sur un dernier point : par-delà, ou plutôt à travers l’examen des trois figures politiques majeures du Contrat Social que sont le Souverain, le Législateur et le Prince, c’est la personne du Citoyen qui nous apparaîtra pour finir comme l’acteur principal de toute véritable République. C’est que le citoyen n’est pas seulement chez Rousseau celui qui, avec le droit de vote par exemple, a le droit de participer de temps en temps à la vie publique , mais bien celui qui a le devoir, (comme l’indique expressément le Contrat Social dès son texte préface au tout début du Livre I), «  de s’instruire » suffisamment sur la politique pour lui permettre d’assurer instamment et constamment la sauvegarde de la République, , en en cultivant et en en préservant l’esprit . Telle est l’entreprise proprement de « salut public » à quoi nous invite Jean-Jacques Rousseau, et à laquelle il n’a pour sa part jamais renoncé, en dépit d’avoir dû finir par renoncer au seul titre qui l’importait et qu’il porta deux fois ( l’un par hasard heureux de la naissance, l’autre par libre choix ) ce titre de « citoyen de Genève » qui signe en quelque sorte à travers toute son œuvre la vocation politique du penseur.

Remarque : l’intervention, même si elle fera par moments référence à d’autres ouvrages de Rousseau, est essentiellement centrée sur la lecture du Contrat Social, dont elle interroge l’objectif final ainsi que la dynamique générale. Elle donnera une importance particulière au premier texte du Livre I qui en précède les chapitres numérotés. L’édition du Contrat Social utilisée est celle parue dans la collection GF Flammarion, présentée et annotée par Bruno Bernardi.

Télécharger le texte intégral de l’intervention (tous droits réservés) : cliquer ici

Atelier « L’idée de république » 2e année 2017-2018

Responsables Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni

4 séances le samedi de 10h à 12h30 à l’Ecole normale supérieure

1 – 18 novembre 2017, Martine Chifflot, docteur, habilitée à diriger des recherches, agrégée de philosophie, a enseigné à l’université de Lyon 1 :
« En quoi et dans quelle mesure l’idée de république est-elle esquissée ou configurée par la conception platonicienne du pouvoir politique ? »
ENS 24 rue Lhomond 75005 Paris, Salle L 361
Lire la présentation et télécharger l’intégralité du texte

2 – 20 janvier 2018, Jérôme Esnouf, professeur au lycée Janot de Sens, docteur en science politique :
« Les frontières, une limite à l’idée de république ? »
ENS 45 rue d’Ulm 75005 Paris, salle Beckett
Lire la présentation et télécharger l’intégralité du texte

3 – 17 mars 2018, Henri Élie, professeur de chaire supérieure, inspecteur pédagogique régional :
« De l’idée de république à l’esprit de république :
Jean-Jacques Rousseau et la vocation politique du penseur ».
ENS 45 rue d’Ulm 75005 Paris, salle Weil
Lire la présentation et télécharger l’intégralité du texte

4 – 26 mai 2018, Anne Baudart, professeur de chaire supérieure et essayiste, secrétaire générale de la Société française de philosophie et vice-présidente de l’Association internationale des Sociétés de philosophie de langue française :
« République ou démocratie ? »
ENS 45 rue d’Ulm 75005 Paris, salle Beckett