Le principe d’action et de réaction dans le monde… (Mathieu Gibier)

Atelier Le Monde 2012-2013

Séance du 26 janvier 2013
10h30, salle du Caphés, 29 rue d’Ulm 75005 Paris

Le principe d’action et de réaction dans le monde physique et dans le monde humain
Mathieu Gibier (lycée Henri Martin, Saint-Quentin)

La solidarité est-elle un fait ou une « valeur », un être ou un devoir-être  ? Quand on dit que les pièces d’une machine sont solidaires parce l’une ne peut se mouvoir sans entraîner l’autre, on constate simplement une interdépendance. Et un solide n’est rien d’autre qu’un corps dont le mouvement d’une partie détermine celui des autres. En revanche, lorsqu’on exhorte les hommes ou les Etats à se montrer plus solidaires, il ne s’agit plus de constater un fait, mais de soutenir un idéal qui n’a pas encore été réalisé. Dans les deux cas, on retrouve l’idée de l’interdépendance des parties au sein d’un tout, et pourtant les deux significations sont radicalement différentes.
Ainsi encore, on entend parler sans cesse de la solidarité entre les économies de toutes les nations, l’appauvrissement ou l’enrichissement des unes ayant des conséquences sur toutes les autres. Mais, quant à savoir si les Etats vont se montrer plus solidaires entre eux, si les plus fortunés sont prêts à aider les plus pauvres, par exemple, c’est une toute autre question. Il y a cependant un lien entre ces deux sens de la solidarité  : on peut espérer que l’accroissement factuel de l’interdépendance va, pour ainsi dire, contraindre les Etats à penser davantage à l’intérêt commun, tout simplement parce leur intérêt particulier ne peut plus en être détaché.
C’est ce lien que je voudrais examiner en prenant pour fil conducteur l’usage du principe d’action et de réaction dans la pensée kantienne. Ce principe lui permet de penser aussi bien les faits d’interaction entre les corps qui composent le monde physique que les rapports de force entre les Etats (dans sa philosophie de l’histoire), mais aussi, par analogie, un système du droit (général ou international) dans lequel chaque membre est en interaction avec tous les autres selon des lois universelles et agit librement par ce rapport même (dans sa métaphysique des mœurs). Ce qui, rapporté au monde physique, est un principe constitutif de l’expérience, prend le sens nouveau d’un type régulateur qui nous aide à penser le monde humain comme système de la liberté, et non plus seulement système naturel.
Confondre ces deux usages, c’est risquer de réduire l’homme à une chose de la nature, en ramenant sa vocation à agir selon des principes universels à une réaction mécanique à son environnement. N’est-ce pas un signe de cette confusion que, dans les nouvelles épreuves de «  langue vivante  » du baccalauréat, on parle «  d’interaction  » (plutôt que de dialogue) entre le candidat et l’examinateur  ? Ou bien que l’on ne demande plus guère à ceux qu’on interroge dans les média de répondre au sens d’une question, ou d’exprimer une pensée, mais de «  réagir  » à ce qui les «  affecte  »  ? L’usage du principe d’action et de réaction mutuelle a sa pertinence pour penser les rapports entre les hommes, mais à condition d’en faire un usage analogique qui n’empêche pas de concevoir en quoi la volonté se distingue d’un phénomène naturel.
1. Dans un premier temps, il faut comprendre que l’interdépendance de toutes les choses du monde n’est pas seulement un fait, mais un principe présupposé par tout fait de coexistence. Exister, c’est toujours à la fois agir et pâtir  ; c’est être au monde, sortir de soi.
2. Loin d’aboutir seulement à la vague idée que «  tout conspire  », nous verrons comment ce principe conduit Kant à fonder à sa manière la loi newtonienne d’égalité de l’action et de la réaction, comme principe métaphysique de la science de la nature. C’est un chapitre méconnu de l’histoire des lois du choc des corps.
3. Une fois établi ce principe qui permet de penser la nature comme système, il s’agit de comprendre en quoi on peut y recourir par analogie pour concevoir les rapports entre deux personnes à l’intérieur d’un système de la liberté, comme le fait Kant dans sa fondation du droit (il explique lui-même sa méthode dans la «  typique  » de la raison pure pratique).
La liberté, ce n’est pas la chimère d’une action sans réaction, d’un pouvoir sans contre-pouvoir, mais c’est une action dans laquelle je peux me penser à la fois législateur et sujet (j’intègre en quelque sorte l’idée de la réaction de tous les autres dans mon action même, de sorte que je ne subis plus cette réaction de l’extérieur, comme une violence).
4. Enfin, on sera peut-être en mesure de comprendre comment les deux usages du principe s’articulent dans l’idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, et de répondre ainsi à la question initiale.

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Le monde : science et philosophie (par G. Le Mest)

Atelier « Le monde »

Séance du 24 mars 2012

Le monde : science et philosophie, par Gwénolé Le Mest (1)

Argument

La connaissance scientifique progresse et la science en tire un prestige certain et envié, mais ce prestige pourrait à juste titre rejaillir sur la philosophie dont la contribution à la naissance et à l’évolution des sciences ne peut être ignorée. Cependant, décider de s’adonner à la philosophie peut apparaître par ailleurs, dans une certaine mesure, se vouer à une spéculation abstraite et s’exposer au reproche au sujet de l’étude philosophique du monde que Marx, en son temps, osa proférer avec une particulière virulence. En effet, qu’a à nous dire aujourd’hui le philosophe au sujet du monde ou des mondes ? Le nouvel impératif catégorique du philosophe pourrait-il être de s’instruire de tout ce qu’apportent les sciences à la connaissance des mondes (vaste programme dont la réalisation n’empêcherait pas que celui qui en viendrait à savoir beaucoup demeurerait proche de celui qui sait très peu) ? Mais alors, qu’est-ce qui ferait la spécificité de la philosophie ? En vertu du principe de raison, rien n’est sans raison et il y a des raisons de ne pas vouloir diluer la philosophie dans les sciences : voici pourquoi il convient de revisiter la philosophie en son histoire surtout si cela doit contribuer à préciser le dessein qui pourrait en animer aujourd’hui l’essor. Car, sans jamais oublier que le philosophe a posé son regard sur le monde pour faire œuvre de science c’est-à-dire sans opposer science et philosophie, il apparaît nécessaire de maintenir le sens d’une distinction. Cette dernière pourrait-elle être saisie à partir d’une querelle qui opposa nos « héros de la raison pensante » au sujet d’un questionnement philosophique radical : existe-t-il seulement un monde ? Pourrait-elle être opérée à la lumière d’une interrogation méta-cosmogonique engageant le problème de la valeur du monde et formulable ainsi : pourquoi existe un monde qui comporte un être raisonnable qui se pose la question de savoir pourquoi le monde existe ?

1 – Professeur de philosophie au lycée Marie Curie de Tarbes et à l’Ecole interne de l’université de Toulouse le Mirail.

Repères bibliographiques

Aristote, Traité du ciel, Les Belles Lettres 2003

Epicure, Œuvres, Presses universitaires de France, 1987

Lucrèce « De la nature » Paris, Flammarion, 1964

Karl Popper, La connaissance objective, Paris, Aubier, 1991

Le savoir grec, Paris, Flammarion, 1996

Hume, Enquête sur l’entendement humain , traduction Didier Deleule, Paris, Nathan, 1982

Locke, Essai philosophique concernant l’entendement humain, Paris, Vrin, 1972

R. Descartes, Œuvres philosophiques, Paris, Bordas, 1988 (Trois volumes)

Spinoza, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1954

Sylvain Zac, L’idée de vie dans la philosophie de Spinoza, Paris, P.U.F, 1963

Leibniz « Comment distinguer les phénomènes réels et imaginaires » dans Discours de métaphysique et autres textes Paris, Flammarion, 2001

Kant « Œuvres philosophiques » Pléiade (3 tomes)

 

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Monde, raison et imagination dans Etats et Empires de la Lune de C. de Bergerac (par D. Derat)

Atelier « Le monde »

Séance du 11 février 2012

Monde, raison et imagination dans Etats et Empires de la Lune de Cyrano de Bergerac,
par Dimitri Derat (1)

 

Argument

Pour le sujet humain, le monde apparaît d’abord comme une totalité close, indexée à ses besoins, et dont la représentation résulte à la fois de ses expériences particulières et d’une connaissance par ouï-dire. Et si la raison humaine, avec Descartes par exemple, peut concevoir en Dieu une réalité infinie, il lui semble beaucoup plus difficile de concevoir le monde comme une infinité actuelle, ne serait-ce que parce que la représentation de celui-ci ne s’en donne toujours qu’à travers l’imagination, dont la faculté de représentation de l’espace est toujours limitée à une quantité finie de ses parties.

On se demandera si, malgré tout, l’imagination humaine n’est pas capable de mettre en œuvre, en particulier à travers les dispositifs fictionnels et littéraires du voyage imaginaire, les moyens de parvenir à l’intuition de l’hypothétique infinité du monde, et ceci en subvertissant les représentations coutumières que le sujet se fait du monde sous l’effet de son expérience individuelle.

Peut-être apparaîtra-t-il ainsi que l’imagination, en allant au-delà du vraisemblable, est susceptible de délivrer à la raison l’intuition du vrai quant à la compréhension du monde, sans omettre en même temps la mise en place de son autodérision.

1 – Lycée Marcelin Berthelot, Pantin.

Repères bibliographiques

Cyrano de Bergerac, L’Autre Monde ou Les États et Empires de la Lune et du Soleil, édition Madeleine Alcover, Honoré Champion, 2004, collection Champion Classiques.

Jean-Charles Darmon, Le songe libertin, Cyrano de Bergerac d’un monde à l’autre, Klincksieck, 2004.

Catherine Kintzler, « Nature et musique dans l’opéra merveilleux : machines ou effets spéciaux ? », in Regards sur la musique au temps de Louis XV, éditions Mardaga, 2007

Gérard Ferreyrolles, Les reines du monde, l’imagination et la coutume chez Pascal, éditions Honoré Champion, 2000.

Fernand Hallyn : Formes métaphoriques dans la poésie lyrique de l’âge baroque en France, José Corti, Genève, Droz, 1975.

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M. Grimaldi : contribution au débat sur Monde et environnement

Muriel Grimaldi :
contribution au débat qui a suivi son propre exposé
Monde et environnement

 

Je remercie Yvette Veyret de sa synthèse si éclairante sur le problème de la temporalité et, en particulier

  • sur le hiatus entre les temps longs de la planète et le temps finalement si bref des sociétés humaines
  • sur cette difficulté à infléchir le court terme de la décision économico politique vers la vision à moyen et à long terme qui permettrait de préserver l’avenir

Les défauts de mon exposé tiennent pour l’essentiel au choix que j’ai fait d’éclairer les intrications des multiples systèmes qui constituent la machinerie climatique.

Schématiquement,

  • s’il y a lieu de craindre les effets des GES, c’est aussi parce que la paléoclimatologie nous enseigne qu’il n’y aurait pas eu de glaciations… sans les cyanobactéries.
  • si la fonte d’un glacier continental peut favoriser une éruption volcanique dont on sait de mémoire récente qu’elle a perturbé durablement transports et communications, alors on conçoit que la fonte des cathrates d’hydrate de méthane en Arctique puisse constituer une véritable « bombe climatique ».

C’est sans doute contestable et pourtant il faut bien en passer par là si l’on veut rompre – et la synthèse d’Yvette Veyret en porte témoignage – avec ce clivage essentialiste entre forçages naturels et forçages anthropiques, les premiers étant supposés inévitables et les seconds, aisément révisables.

 

Merci aussi à Jean-Michel Muglioni pour ses remarques qui appelleraient à elles seules un second exposé…

Brièvement,

  • sur l’usage indu que j’aurais fait des probabilités, je me suis mal exprimée. Replaçons les choses dans leur contexte. Vincent Courtillot, éminent représentant des climato- sceptiques, adresse finalement au GIEC un seul reproche majeur : avoir prétendu que la probabilité d’un réchauffement anthropogénique serait de 90/100 alors que, selon lui, elle ne serait que de 50/100.

Sachant qu’un changement climatique anthropogénique, parce qu’il se produira à un rythme exceptionnellement rapide, ne pourra pas ne pas avoir d’effets catastrophiques, j’ai demandé si nous accepterions de monter dans un avion ayant une probabilité de 50/100 – soit effectivement une chance sur deux – d’avoir un accident. Comme nous sommes effectivement embarqués sur le vaisseau Terre et que, dans l’hypothèse la plus optimiste, il y a une chance sur deux d’entrer dans la déstabilisation climatique globale, il est temps de sortir de cette polémique stérile et de porter l’effort de réflexion sur ce qu’il convient de faire.

  • S’agissant de la théorie du chaos, deux remarques :

1° Je ne remets évidemment pas en cause le principe de causalité mais le causalisme, c’est-à-dire le double postulat de l’unicité de la cause et de la proportionnalité de l’effet à la cause.

2° Il ne me paraît pas que la théorie du chaos soit exclusivement mathématique. Sans revenir sur la question des jugements synthétiques a priori, si nous admettons que les sciences naturelles sont les sciences du réel, que les sciences physiques sont celles du possible, celui-ci incluant celui-là, et qu’enfin les sciences mathématiques sont celles du concevable, lui-même incluant le possible, il me semble qu’il n’y a pas lieu d’établir un tel clivage entre physique et mathématiques. C’est cette double inclusion qui me paraît rendre compte, par exemple, de ce que la théorie des groupes se soit révélée pertinente pour appréhender l’évolution de certains amas stellaires.

Ceci dit, la théorie du chaos rend compte de l’évolution erratique de certains systèmes dynamiques réels qui présentent toujours les deux caractères typiques :

  • sensibilité aux conditions initiales
  • existence de rétroactions

Au demeurant Ilya Prigogine utilise bien l’expression « systèmes chaotiques » pour qualifier des systèmes physiques et nous invite expressément à modifier notre vision du réel.

Mais ce dernier point réclamerait à lui seul une réflexion approfondie.

 

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Sommaire des travaux publiés

J.-M. Muglioni : contribution au débat sur l’exposé de M. Grimaldi

Jean-Michel Muglioni :
contribution au débat sur l’exposé de Muriel Grimaldi
Monde et environnement

Le propos de Muriel Grimaldi a mis l’accent sur la nécessité de prendre des mesures pour préserver l’avenir de la planète – et je ne remets pas en cause l’idée qu’il faut dans cette perspective tenir compte des plus petites choses, ni même l’avertissement qui nous a été finalement donné, que sans cela nous courrions à la catastrophe. Mon intervention a porté seulement sur l’usage qui a été fait des probabilités et sur celui de ce que les mathématiciens appellent la théorie du chaos

1/ Lorsqu’on dit que les chances d’avoir un accident d’avion sont de x/100, le calcul porte sur le rapport entre le nombre total d’heures de vol effectuées par des avions dans le monde et le vol qu’on va effectuer. De même que si l’on dit qu’il ya une chance sur six de tirer le six au dé, c’est qu’on ne peut tirer qu’une des six faces du dé. Si maintenant on dit que le scénario catastrophique (en cas de réchauffement climatique) est de 50/100, on fait un autre usage des probabilités : j’ai seulement voulu dire que comparer ces deux usages n’avait pas de sens. On ne peut pas dire que nous devons prendre en compte un scénario qui a une chance sur deux de se produire parce qu’on ne prendrait pas un avion qui a une chance sur deux de tomber en vol. Par contre on peut dire qu’il faut tout de même prendre en compte ce scénario ! Mais pour une autre raison.

2/ La théorie du chaos est une théorie mathématique qui n’est pas plus catastrophiste que la théorie des irrationnels n’est irrationnelle.
Alogos ou irrationnel au sens le plus restreint veut dire incalculable et en l’occurrence incommensurable à l’unité, ce qui n’exclut pas une autre forme de calcul. Aucune irrationalité n’est donc introduite par là dans les mathématiques. Au contraire, la théorie des irrationnels permet de calculer les racines carrées quelles qu’elles soient.

La théorie du chaos avance dans le même ordre de problème et découvre un nouvel « incalculable », objet mathématique parfaitement rationnel, et la première erreur serait d’entendre « incalculable » en un sens seulement quantitatif (tellement grand qu’on ne peut le calculer). La seconde vient non seulement de l’usage métaphorique qui est fait du terme de chaos (car si c’était réellement et en soi chaotique, ce ne serait pas un objet mathématique) mais de l’image utilisée par Lorenz en 1972, je crois, celle de l’aile de papillon qui du Brésil provoquerait une tornade au Japon, ce que Madame Grimaldi a interprété comme une remise en cause du principe de causalité (une toute petite cause pouvant produire de grands effets et même des catastrophes planétaires). Lorenz envisageait la complexité de phénomènes où concourent une infinité d’ailes de papillons (ce qui est d’abord pour nous le plus grand désordre et incalculable) que la théorie mathématique du chaos permet de maîtriser et rend donc calculables. Le problème est mathématique et ne concerne pas la causalité.

Chaos ici ne signifie pas catastrophe mais désordre, au sens où par exemple planète en grec signifie astre errant, désordre cosmique. Mais de même que la révolution copernicienne a trouvé ce qui permettait de ramener ce désordre à l’ordre, la théorie du chaos permet de trouver un ordre là où il y d’abord pour nous un désordre. Dans son application à la physique, cette théorie mathématique n’est pas une régression dans la détermination d’un ordre des phénomènes mais un progrès…

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Y. Veyret :contribution au débat sur l’exposé de M. Grimaldi

Yvette Veyret :
contribution au débat sur l’exposé de Muriel Grimaldi
Monde et environnement

La discussion a permis de souligner l’importance des échelles spatiales et temporelles dans l’analyse du fonctionnement de la planète terre.

Il est indispensable de distinguer les temporalités différentes, « temps de la nature », temps des sociétés, temps personnel.

Parmi les temporalités de la nature (différentes selon que l’on évoque les climats, la pédosphère, de l’hydrosphère…) il faut déjà distinguer le climat et le temps. Le climat est « un concept qui caractérise une série d’états des états de l’atmosphère au-dessus d’un milieu dans leur succession habituelles ». Le temps est l’état de l’atmosphère en un instant t, et en un lieu donné (température, humidité, vent….).

Le climat de la planète n’a cessé de se modifier au cours des âges. Ces variations résultent de l’ensemble des changements enregistrés par le système terre (radiation solaire, orbite terrestre, situation des plaques tectoniques et des continents, composition de l’atmosphère…)

Les variations connues ont eu des ampleurs et des durées variables. Ainsi le géographe Jean Pierre Vigneau distingue

*les mutations qui s’étalent sur des millions ou des centaines de millions d’années (Précambrien, ou Primaire avec de grandes périodes glaciaires, quand le Secondaire apparaît comme une période plus chaude le tertiaire est marqué par un refroidissement global.

*Les fluctuations ont une durée de l’ordre de la centaine de milliers d’années. Au quaternaire, elles font se succéder de longues périodes glaciaires et de courts interglaciaires.

*les oscillations occupent encore quelques millénaires et quelques siècles. Celles de l’Holocène (la période succédant au dernier glaciaire) ont connu des écarts thermiques de l’ordre de 5°C, au-début, plus réduits depuis 5000 ans. La plus récente qui a duré quelques siècles correspond au Petit Age glaciaire -1350-1900). Ces oscillations sont dues à des mécanismes naturels (modification de la circulation thermocline-organisation générale des courants superficiels et profonds..) et de l’activité solaire.

*les pulsations se manifestent sur quelques années ou décennies (séries d’années sèches ou arrosées, neigeuses… (réchauffement des années 1920 aux années 1940, refroidissement jusqu’en 1975, réchauffement ensuite jusqu’à la fin des années 1990, refroidissement ultérieur).

Beaucoup attribuent ces pulsations aux modifications anthropiques de l’atmosphère (gaz à effet de serre). Les décennies et siècles futurs diront si ce forçage par les sociétés humaines constitue le facteur premier de ces variations.

Mais cela n’empêche pas d’envisager les effets de celles-ci sur une humanité beaucoup plus nombreuses que par le passé et de tenter de maîtriser et de réduire les rejets de GES.

 

Les temps de la nature sont donc multiples, du très long à l’instantané (les aspects du temps), mais ils sont souvent difficilement compatibles avec le temps des sociétés et le temps des individus. Ainsi les temps d’un fleuve (crue, étiage…) ne correspondent pas à ceux rythmés par les élections de l’élu qui doit gérer la dynamique du cours d’eau.

 

S’agissant des échelles spatiales, la complexité n’est pas moindre. Envisager les effets des grands glaciers dans le fonctionnement climatique de la planète est indispensable. Les grandes nappes de glaces de l’Antarctique et du Groenland épaisses de plusieurs kilomètres (dans les deux cas il s’agit de glaciers continentaux à distinguer de la banquise) constituent des éléments majeurs de la « machine climatique ». Il est impossible de les comparer ou de les mettre sur le même plan que les glaciers de montagnes qui ponctuent l’Himalaya ou les sommets islandais de certains volcans.

De même ce qui est valable à l’échelle locale en termes environnementaux par exemple, ne l’est pas forcément à une autre échelle ou à celle de la planète. Ainsi, envisager les modes de gestion pour une « ville durable » est relativement possible à l’échelle d’un quartier, voire d’une ville moyenne, mais bien difficile à mettre en œuvre à l’échelle d’une vaste agglomération et plus encore dans le cadre de mégapoles (plus de 5 ou 8 millions d’habitants selon les auteurs). Les raisons tiennent notamment à la multiplication des acteurs politiques, des gestionnaires, à leurs visions différentes, à leur appartenance politiques différentes, aux conflits entre acteurs. Ce constat oblige à réfléchir aux rapports « local » « global » deux éléments qui fondent en quelque sorte bien des aspects du « développement durable » mais en marquent aussi bien des limites….

 

Références

Ciattoni A. et Veyret Y. Les fondamentaux de la géographie Colin

Veyret Y (sous la direction de ), 2007, 2011, Dictionnaire de l’environnement, Colin

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Monde et environnement (par M. Grimaldi)

 

Atelier « Le monde »

Séance du 21 janvier 2012

Monde et environnement, par Muriel Grimaldi (1)

 

Argument

L’essentiel de l’exposé sera consacré à l’analyse précise de la machinerie climatique, parce qu’elle nous paraît être le lieu où se donne à voir ce qu’est le monde et qu’elle est aussi, vraisemblablement, la clef de l’avenir commun.

Après un bref aperçu des données du problème de la déstabilisation climatique globale, chacun des compartiments  du climat sera abordé, avec le souci d’établir, chemin faisant, les multiples interactions qui le constituent.

Cette première partie sera suivie d’une brève récapitulation des caractéristiques du système, autrement dit par l’esquisse de ce qui fait monde et qui commande, en particulier, de rompre avec la notion d’environnement.

La troisième partie abordera rapidement les composantes de la problématique actuelle et indiquera quelques directions possibles d’une réflexion philosophique qui nous apparaît désormais indispensable.

1 – Lycée Darius Milhaud, Kremlin-Bicêtre.

Repères bibliographiques

René DUMONT, L’utopie ou la mort ( 1974) Seuil  : Points politique
Hans JONAS, Le principe responsabilité (1979) Collection Champs-Flammarion – 1998
Michel SERRES, Le contrat naturel (1990) Collection Champs Essais 2009
René DUMONT, Un monde intolérable ( 1991) Seuil  : Points politique
René DUMONT, Pour l’Afrique, j’accuse ( 1993) Plon : Terre humaine
Ilya PRIGOGINE, La fin des certitudes (1996) Editions Odile Jacob 1999
Lester BROWN, Le plan B, pour un pacte écologique mondial (2006) Calmann-Lévy

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D. Deleule : contribution au débat sur l’exposé de M. Brailly

Didier Deleule :
contribution au débat sur l’exposé de Magali Brailly
La mondialisation néo-libérale contre le cosmopolitisme

1 – Le cosmopolitisme, pas plus que la mondialisation, n’est à sens unique: être citoyen du monde, cela veut aussi bien dire: « être partout chez soi » (certaine version du stoïcisme et sa postérité convenue) que « n’être nulle part chez soi » (version plutôt cynique: Diogène est seul dans sa jarre [pistos] mais il se partage entre Corinthe et Athènes et n’appartient donc à aucune cité). On pourrait, mutatis mutandis, appliquer la même formule à ce qu’on appelle aujourd’hui la mondialisation, ou la globalisation, avec les conséquences que cela entraîne.

2 – S’agissant du libéralisme dans sa version économique, celle-là même dont se réclament les tenants de la mondialisation, il m’apparaît important de comprendre que le modèle qui préside à l’entreprise (c’est le cas de le dire) est d’ordre domestique. J’entends par là que, dans les circonstances actuelles (en d’autres temps, il s’agissait du patriarcat, du modèle pastoral, voire de la famille), ce qui est non seulement mais encore imposé, c’est le modèle de l’entreprise (avec ses oripeaux d’origine anglo-saxonne: « corporate », « gouvernance », et j’en passe) comme « gestion politique » d’un pays. Le négociant, comme aurait dit Hume qui le regrettait, a pris le pas sur l’homme d’Etat. Ce qu’on appelle le néolibéralisme se caractérise par ce retour offensif (contre les pionniers du libéralisme: Hume, Smith et alii) du primat du domestique comme modèle généralisé du politique lui-même qui, en tant que tel, se trouve dès lors condamné au retrait, à la paupérisation, voire à l’extinction.

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La mondialisation néo-libérale contre le cosmopolitisme (par M. Brailly)

Atelier « Le monde »

séance du 26 novembre 2011

La mondialisation néo-libérale contre le cosmopolitisme,
par Magali Brailly (1)  : résumé et bibliographie

RÉSUMÉ. – Le propos de cet exposé consiste à interroger la mondialisation dans sa phase néo-libérale actuelle à travers le prisme du cosmopolitisme. Depuis la fin du XXe siècle, le néolibéralisme est devenue une force normative et  politique décisive dans la gestion de la mondialisation. Pourtant, la voie néo-libérale n’est pas exempte de paradoxes qui mettent au jour les limites d’un système qui néglige toute pensée complexe  de l’individu et de la société, détourne les valeurs du cosmopolitisme vers les critères du marché et semble incapable d’apporter une réponse politique cohérente aux nouveaux défis mondiaux et risques civilisationnels qui au fur et à mesure qu’ils surgissent conduisent à des mouvements de contestation et à des conflits :  le globalisme néolibéral encourage davantage le développement du relativisme et des petits mondes de l’entre-soi, qui isole les uns les autres et facilite la résurgence des revendications identitaires et nationalistes,  qu’il ne favorise le partage de sens et la formation d’un monde commun. Toutefois,  et telle sera la ligne de force qui soutiendra notre réflexion, les contradictions du néo-libéralisme ne doivent pas obligatoirement mener à une re-nationalisation ou à une re-tribalisation du monde : il est possible qu’elles ouvrent aussi la voie à un « cosmopolitisme réflexif » qui dépasserait le clivage moderne entre normes publiques et valeurs privées tout en déjouant le double piège de l’indifférence post-moderne et de l’enfermement communautaire.

1 – Doctorante-contractuelle à l’Université Paris-Est – LIS EA 4395. Cet article s’inscrit dans le cadre d’une recherche en cours relative aux transformations contemporaines du « libéralisme » confronté aux nouveaux impératifs de responsabilités (sociale, environnementale,  économique, politique, culturelle, scientifique).

Références bibliographiques :

ABELES, M., Anthropologie de la globalisation, Paris, Payot & Rivages, 2008

AUDIER, S., Le colloque Lippmann. Aux origines du néo-libéralisme, Paris, Le Bord de l’eau, 2008

BADIE, B., Un monde sans souveraineté. Les Etats entre ruse et responsabilité, Paris, Fayard, 1999

BAUMAN, Z., Le coût humain de la mondialisation, traduit de l’anglais par Alexandre Abensour, Hachette Littérature, 1999

BECK, U., : Pouvoir et contre-pouvoir à l’heure de la mondialisation, traduit de l’allemand par Aurélie Duthoo, Paris, Flammarion, 2003

– : Qu’est ce que le cosmopolitisme ?, traduit de l’allemand par Aurélie Duthoo, Flammarion, 2006

– : La société du risque. Sur la voie d’une autre modernité, traduit de l’allemand par Laure Bernardi, Paris, Flammarion, 2008

BERNS, T., PIERET, D., (sous la dir.), « Mondialisation et cosmopolitisme », Dissensus, n°1, Université libre de Bruxelles, 2008

BRAUDEL, F., La dynamique du capitalisme, Paris, Flammarion, 2008

– : Civilisation matérielle, économie et capitalisme, Paris, Armand Collin, 1979, 3 vol.

BENSAÏD, D., Les dépossédés. Karl, les voleurs de bois et le droit des pauvres, Paris, La Fabrique, 2007

BOURDIEU, P., Propos pour servir à la résistance contre l’invasion néolibérale, Contre feux, tome1, Paris, Raisons d’agir, 1998

– : Pour un mouvement social européen, Contre feux, tome 2, Paris, Raisons d’agir, 2001

BOURGUIGNAT, H., Finance internationale, Paris, Presses universitaires de France, 1999

BROWN, W., : Le néo-libéralisme et la fin de la démocratie, traduit de l’américain par P. Mangeot et I. Saint-Saëns, Vacarme, n°29, automne 2004

– : Les habits neufs de la politique mondiale. Néolibéralisme et néo conservatisme, Paris, Les Prairies ordinaires, 2007

CAPRON, M., QUAIREL-LANOIZELEE, F., Mythes et réalités de l’entreprise responsable, Paris, La Découverte, 2004

CASTELLS, M., La Société en réseaux. L’ère de l’information, vol. 1, Paris, Fayard, 1998

CASTILLO, M. : La responsabilité des modernes. Essai sur l’universalisme kantien, Paris, Kimé, 2007

– : Connaître la guerre et penser la paix, Paris, Kimé, 2005

CHANDA, N., Au commencement était la mondialisation. La grande saga des aventuriers, missionnaires, soldats et marchands, Paris, CNRS, 2010

COULMAS, P., Les citoyens du monde. Histoire du cosmopolitisme, Paris, Albin Michel, 1995

DARDOT, P. ; LAVAL, C., La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale, Paris, La Découverte, 2009

DELMAS-MARTY, M., La dimension sociale de la mondialisation et les transformations du champ juridique, 2006

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Voir le débat :

Contribution de Didier Deleule

« Sur la contribution d’Amartya Sen… », par C. Guibet Lafaye et E. Picavet

Atelier « La République et l’Europe »

Sur la contribution d’Amartya Sen:
éthique des capacités et politiques sociales

par Caroline Guibet Lafaye (CNRS, Centre Maurice Halbwachs, Paris)
et Emmanuel Picavet (Université de Franche-Comté, LRPLA et section de philosophie, Besançon)

Texte (oct. 2010) issu des présentations d’E. Picavet et C. Guibet Lafaye lors de la rencontre de l’Institut International de Philosophie, « La philosophie et l’état du monde », Paris, 15-18 Septembre 2010. Table ronde, en collaboration avec la Société française de philosophie : Les indicateurs du bien-être (‘au-delà du pib’), et d’autres suggestions constructives / Criteria of Global Well-Being (‘Beyond gdp’), and Other Constructive Suggestions

Résumé
Dans l’atelier « Europe » de la Société Française de Philosophie, nous avons été conduits à réfléchir sur les principes du jugement concernant les politiques sociales et ce que l’on peut appeler les évolutions du modèle (ou de l’ancien modèle) de l’Etat social dans l’Union Européenne. L’approche par les capacités au sens d’A. Sen peut être mobilisée à partir de la conviction qu’il faut tout à la fois tenir compte (1) des réalisations positives concernant le bien-être des personnes et (2) des capacités de choix des personnes. Nous soulignerons l’enracinement de l’approche d’A. Sen dans une réflexion philosophique sur les rapports entre éthique et information. Certaines limites politiques de cette approche seront discutées à partir d’une discussion du lien avec l’Indicateur de développement humain des Nations-Unies.

Abstract
In the « Europa » workshop of Société Française de Philosophie, we have had an opportunity to discuss the principles of social policy evaluation, in connection with current evolutions of the Welfare-State model. It is possible to use Amartya Sen’s capability approach, given that we are to consider both positive achievements concerning (1) personal welfare and (2) choice capacities. We’ll stress that A. Sen’s approach is rooted in philosophical elaborations about the connections between ethics and information. Some political limits of the theory will be discussed, starting from the links with the United Nations’s Human Development Index.

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