Contribution au débat sur la conférence de Franck Fischbach (A. Foucher)

Atelier « Le monde » (2012-2013)
sous la responsabilité de Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni

Séance du 18 mai 2013

Conférence de Franck Fischbach à propos de son livre La privation de monde (Vrin, 2011), contribution d’Alexandre Foucher : « Capitalisme et privation du monde », télécharger le texte (tous droits réservés).

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L’imaginaire à propos de la science (Alexandre Foucher)

Atelier « L’idée de science » 2013-2014
sous la responsabilité de Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni

Séance du 12 octobre 2013
(10h-13h, salle du Caphés, 29 rue d’Ulm, 75005 Paris)

 

Alexandre Foucher : « L’imaginaire à propos de la science »

Cette étude propose une approche originale qui part des films de science-fiction, pour ce qu’ils reflètent des attentes envers les découvertes scientifiques à venir. Parmi toutes les attentes, l’étude s’arrête particulièrement sur le voyage dans le temps. Ce thème, très exploité dans le cinéma récent, rassemble toutes sortes de contradictions à propos de la notion du temps. Ces contradictions viennent souvent d’une interprétation maladroite de la théorie de la relativité générale d’Einstein. Eclairé par une revue de la théorie de la relativité générale, ainsi que par l’Esthétique transcendantale de Kant, notre étude détermine le domaine de l’imaginaire concernant la science. L’idée de science, telle qu’elle apparaît au travers ses représentations cinématographiques, apporte un nouvel éclairage à l’idée d’univers et celle d’humanité, que ce soit dans une dimension cognitive, une dimension morale et une dimension sociale.

 

Bibliographie sélective

Einstein Albert, La relativité, Gauthier-Villars,1956.

Hawking Stephen, Une belle histoire du temps, Flammarion, 2009.

Kant Emmanuel, Critique de la raison pure, PUF, 1944.

 

Filmographie sélective

Retour vers le futur – Back to the futur 1, 2 & 3, Robert Zemeckis, 1985 – 1989, 1990

 

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La privation de monde (Franck Fischbach)

Atelier Le Monde 2012-2013

Séance du 18 mai 2013, 10h – 13h
Caphés, 29 rue d’Ulm 75005 Paris, salle 235 A

Intervention de Frank Fischbach :
à propos de son livre :
La privation de monde
. Temps, espace et capital, (Vrin, 2011)

A la source de ce livre il y a la conviction que certaines des évolutions les plus négatives des sociétés contemporaines confèrent une actualité nouvelle au concept d’aliénation selon la compréhension qu’en ont proposée des penseurs aussi apparemment éloignés l’un de l’autre que Marx et Heidegger : l’aliénation comprise comme privation de monde. Nos sociétés mondialisées sont paradoxalement celles où s’impose l’expérience d’une privation de monde sans précédent. Plusieurs dimensions de cette privation sont analysées ici, notamment l’expérience temporelle d’un présent éternel, l’épuisement de l’historicité et l’accélération frénétique des maintenant successifs. Quant au lieu où se joue originairement la privation de monde, la thèse soutenue est qu’il s’agit du travail dans la forme salariale qui est la sienne sous le capital et dont le caractère mutilant n’a cessé d’être amplifié par les plus récentes évolutions. C’est donc aussi d’une transformation du travail que dépend la possibilité d’un advenir historique de l’être de l’homme dans le monde.

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Le cosmopolitisme (Aurélie Ledoux)

Atelier Le Monde 2012-2013

Séance du 23 mars 2013,
Aurélie Ledoux (lycée Georges Dumézil, Vernon),
10h-12h30, salle du Caphés, 29 rue d’Ulm 75005 Paris

 

Communication d’Aurélie Ledoux

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– Discussion

 

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Le principe d’action et de réaction dans le monde… (Mathieu Gibier)

Atelier Le Monde 2012-2013

Séance du 26 janvier 2013
10h30, salle du Caphés, 29 rue d’Ulm 75005 Paris

Le principe d’action et de réaction dans le monde physique et dans le monde humain
Mathieu Gibier (lycée Henri Martin, Saint-Quentin)

La solidarité est-elle un fait ou une « valeur », un être ou un devoir-être  ? Quand on dit que les pièces d’une machine sont solidaires parce l’une ne peut se mouvoir sans entraîner l’autre, on constate simplement une interdépendance. Et un solide n’est rien d’autre qu’un corps dont le mouvement d’une partie détermine celui des autres. En revanche, lorsqu’on exhorte les hommes ou les Etats à se montrer plus solidaires, il ne s’agit plus de constater un fait, mais de soutenir un idéal qui n’a pas encore été réalisé. Dans les deux cas, on retrouve l’idée de l’interdépendance des parties au sein d’un tout, et pourtant les deux significations sont radicalement différentes.
Ainsi encore, on entend parler sans cesse de la solidarité entre les économies de toutes les nations, l’appauvrissement ou l’enrichissement des unes ayant des conséquences sur toutes les autres. Mais, quant à savoir si les Etats vont se montrer plus solidaires entre eux, si les plus fortunés sont prêts à aider les plus pauvres, par exemple, c’est une toute autre question. Il y a cependant un lien entre ces deux sens de la solidarité  : on peut espérer que l’accroissement factuel de l’interdépendance va, pour ainsi dire, contraindre les Etats à penser davantage à l’intérêt commun, tout simplement parce leur intérêt particulier ne peut plus en être détaché.
C’est ce lien que je voudrais examiner en prenant pour fil conducteur l’usage du principe d’action et de réaction dans la pensée kantienne. Ce principe lui permet de penser aussi bien les faits d’interaction entre les corps qui composent le monde physique que les rapports de force entre les Etats (dans sa philosophie de l’histoire), mais aussi, par analogie, un système du droit (général ou international) dans lequel chaque membre est en interaction avec tous les autres selon des lois universelles et agit librement par ce rapport même (dans sa métaphysique des mœurs). Ce qui, rapporté au monde physique, est un principe constitutif de l’expérience, prend le sens nouveau d’un type régulateur qui nous aide à penser le monde humain comme système de la liberté, et non plus seulement système naturel.
Confondre ces deux usages, c’est risquer de réduire l’homme à une chose de la nature, en ramenant sa vocation à agir selon des principes universels à une réaction mécanique à son environnement. N’est-ce pas un signe de cette confusion que, dans les nouvelles épreuves de «  langue vivante  » du baccalauréat, on parle «  d’interaction  » (plutôt que de dialogue) entre le candidat et l’examinateur  ? Ou bien que l’on ne demande plus guère à ceux qu’on interroge dans les média de répondre au sens d’une question, ou d’exprimer une pensée, mais de «  réagir  » à ce qui les «  affecte  »  ? L’usage du principe d’action et de réaction mutuelle a sa pertinence pour penser les rapports entre les hommes, mais à condition d’en faire un usage analogique qui n’empêche pas de concevoir en quoi la volonté se distingue d’un phénomène naturel.
1. Dans un premier temps, il faut comprendre que l’interdépendance de toutes les choses du monde n’est pas seulement un fait, mais un principe présupposé par tout fait de coexistence. Exister, c’est toujours à la fois agir et pâtir  ; c’est être au monde, sortir de soi.
2. Loin d’aboutir seulement à la vague idée que «  tout conspire  », nous verrons comment ce principe conduit Kant à fonder à sa manière la loi newtonienne d’égalité de l’action et de la réaction, comme principe métaphysique de la science de la nature. C’est un chapitre méconnu de l’histoire des lois du choc des corps.
3. Une fois établi ce principe qui permet de penser la nature comme système, il s’agit de comprendre en quoi on peut y recourir par analogie pour concevoir les rapports entre deux personnes à l’intérieur d’un système de la liberté, comme le fait Kant dans sa fondation du droit (il explique lui-même sa méthode dans la «  typique  » de la raison pure pratique).
La liberté, ce n’est pas la chimère d’une action sans réaction, d’un pouvoir sans contre-pouvoir, mais c’est une action dans laquelle je peux me penser à la fois législateur et sujet (j’intègre en quelque sorte l’idée de la réaction de tous les autres dans mon action même, de sorte que je ne subis plus cette réaction de l’extérieur, comme une violence).
4. Enfin, on sera peut-être en mesure de comprendre comment les deux usages du principe s’articulent dans l’idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, et de répondre ainsi à la question initiale.

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Le monde : science et philosophie (par G. Le Mest)

Atelier « Le monde »

Séance du 24 mars 2012

Le monde : science et philosophie, par Gwénolé Le Mest (1)

Argument

La connaissance scientifique progresse et la science en tire un prestige certain et envié, mais ce prestige pourrait à juste titre rejaillir sur la philosophie dont la contribution à la naissance et à l’évolution des sciences ne peut être ignorée. Cependant, décider de s’adonner à la philosophie peut apparaître par ailleurs, dans une certaine mesure, se vouer à une spéculation abstraite et s’exposer au reproche au sujet de l’étude philosophique du monde que Marx, en son temps, osa proférer avec une particulière virulence. En effet, qu’a à nous dire aujourd’hui le philosophe au sujet du monde ou des mondes ? Le nouvel impératif catégorique du philosophe pourrait-il être de s’instruire de tout ce qu’apportent les sciences à la connaissance des mondes (vaste programme dont la réalisation n’empêcherait pas que celui qui en viendrait à savoir beaucoup demeurerait proche de celui qui sait très peu) ? Mais alors, qu’est-ce qui ferait la spécificité de la philosophie ? En vertu du principe de raison, rien n’est sans raison et il y a des raisons de ne pas vouloir diluer la philosophie dans les sciences : voici pourquoi il convient de revisiter la philosophie en son histoire surtout si cela doit contribuer à préciser le dessein qui pourrait en animer aujourd’hui l’essor. Car, sans jamais oublier que le philosophe a posé son regard sur le monde pour faire œuvre de science c’est-à-dire sans opposer science et philosophie, il apparaît nécessaire de maintenir le sens d’une distinction. Cette dernière pourrait-elle être saisie à partir d’une querelle qui opposa nos « héros de la raison pensante » au sujet d’un questionnement philosophique radical : existe-t-il seulement un monde ? Pourrait-elle être opérée à la lumière d’une interrogation méta-cosmogonique engageant le problème de la valeur du monde et formulable ainsi : pourquoi existe un monde qui comporte un être raisonnable qui se pose la question de savoir pourquoi le monde existe ?

1 – Professeur de philosophie au lycée Marie Curie de Tarbes et à l’Ecole interne de l’université de Toulouse le Mirail.

Repères bibliographiques

Aristote, Traité du ciel, Les Belles Lettres 2003

Epicure, Œuvres, Presses universitaires de France, 1987

Lucrèce « De la nature » Paris, Flammarion, 1964

Karl Popper, La connaissance objective, Paris, Aubier, 1991

Le savoir grec, Paris, Flammarion, 1996

Hume, Enquête sur l’entendement humain , traduction Didier Deleule, Paris, Nathan, 1982

Locke, Essai philosophique concernant l’entendement humain, Paris, Vrin, 1972

R. Descartes, Œuvres philosophiques, Paris, Bordas, 1988 (Trois volumes)

Spinoza, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1954

Sylvain Zac, L’idée de vie dans la philosophie de Spinoza, Paris, P.U.F, 1963

Leibniz « Comment distinguer les phénomènes réels et imaginaires » dans Discours de métaphysique et autres textes Paris, Flammarion, 2001

Kant « Œuvres philosophiques » Pléiade (3 tomes)

 

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Monde, raison et imagination dans Etats et Empires de la Lune de C. de Bergerac (par D. Derat)

Atelier « Le monde »

Séance du 11 février 2012

Monde, raison et imagination dans Etats et Empires de la Lune de Cyrano de Bergerac,
par Dimitri Derat (1)

 

Argument

Pour le sujet humain, le monde apparaît d’abord comme une totalité close, indexée à ses besoins, et dont la représentation résulte à la fois de ses expériences particulières et d’une connaissance par ouï-dire. Et si la raison humaine, avec Descartes par exemple, peut concevoir en Dieu une réalité infinie, il lui semble beaucoup plus difficile de concevoir le monde comme une infinité actuelle, ne serait-ce que parce que la représentation de celui-ci ne s’en donne toujours qu’à travers l’imagination, dont la faculté de représentation de l’espace est toujours limitée à une quantité finie de ses parties.

On se demandera si, malgré tout, l’imagination humaine n’est pas capable de mettre en œuvre, en particulier à travers les dispositifs fictionnels et littéraires du voyage imaginaire, les moyens de parvenir à l’intuition de l’hypothétique infinité du monde, et ceci en subvertissant les représentations coutumières que le sujet se fait du monde sous l’effet de son expérience individuelle.

Peut-être apparaîtra-t-il ainsi que l’imagination, en allant au-delà du vraisemblable, est susceptible de délivrer à la raison l’intuition du vrai quant à la compréhension du monde, sans omettre en même temps la mise en place de son autodérision.

1 – Lycée Marcelin Berthelot, Pantin.

Repères bibliographiques

Cyrano de Bergerac, L’Autre Monde ou Les États et Empires de la Lune et du Soleil, édition Madeleine Alcover, Honoré Champion, 2004, collection Champion Classiques.

Jean-Charles Darmon, Le songe libertin, Cyrano de Bergerac d’un monde à l’autre, Klincksieck, 2004.

Catherine Kintzler, « Nature et musique dans l’opéra merveilleux : machines ou effets spéciaux ? », in Regards sur la musique au temps de Louis XV, éditions Mardaga, 2007

Gérard Ferreyrolles, Les reines du monde, l’imagination et la coutume chez Pascal, éditions Honoré Champion, 2000.

Fernand Hallyn : Formes métaphoriques dans la poésie lyrique de l’âge baroque en France, José Corti, Genève, Droz, 1975.

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M. Grimaldi : contribution au débat sur Monde et environnement

Muriel Grimaldi :
contribution au débat qui a suivi son propre exposé
Monde et environnement

 

Je remercie Yvette Veyret de sa synthèse si éclairante sur le problème de la temporalité et, en particulier

  • sur le hiatus entre les temps longs de la planète et le temps finalement si bref des sociétés humaines
  • sur cette difficulté à infléchir le court terme de la décision économico politique vers la vision à moyen et à long terme qui permettrait de préserver l’avenir

Les défauts de mon exposé tiennent pour l’essentiel au choix que j’ai fait d’éclairer les intrications des multiples systèmes qui constituent la machinerie climatique.

Schématiquement,

  • s’il y a lieu de craindre les effets des GES, c’est aussi parce que la paléoclimatologie nous enseigne qu’il n’y aurait pas eu de glaciations… sans les cyanobactéries.
  • si la fonte d’un glacier continental peut favoriser une éruption volcanique dont on sait de mémoire récente qu’elle a perturbé durablement transports et communications, alors on conçoit que la fonte des cathrates d’hydrate de méthane en Arctique puisse constituer une véritable « bombe climatique ».

C’est sans doute contestable et pourtant il faut bien en passer par là si l’on veut rompre – et la synthèse d’Yvette Veyret en porte témoignage – avec ce clivage essentialiste entre forçages naturels et forçages anthropiques, les premiers étant supposés inévitables et les seconds, aisément révisables.

 

Merci aussi à Jean-Michel Muglioni pour ses remarques qui appelleraient à elles seules un second exposé…

Brièvement,

  • sur l’usage indu que j’aurais fait des probabilités, je me suis mal exprimée. Replaçons les choses dans leur contexte. Vincent Courtillot, éminent représentant des climato- sceptiques, adresse finalement au GIEC un seul reproche majeur : avoir prétendu que la probabilité d’un réchauffement anthropogénique serait de 90/100 alors que, selon lui, elle ne serait que de 50/100.

Sachant qu’un changement climatique anthropogénique, parce qu’il se produira à un rythme exceptionnellement rapide, ne pourra pas ne pas avoir d’effets catastrophiques, j’ai demandé si nous accepterions de monter dans un avion ayant une probabilité de 50/100 – soit effectivement une chance sur deux – d’avoir un accident. Comme nous sommes effectivement embarqués sur le vaisseau Terre et que, dans l’hypothèse la plus optimiste, il y a une chance sur deux d’entrer dans la déstabilisation climatique globale, il est temps de sortir de cette polémique stérile et de porter l’effort de réflexion sur ce qu’il convient de faire.

  • S’agissant de la théorie du chaos, deux remarques :

1° Je ne remets évidemment pas en cause le principe de causalité mais le causalisme, c’est-à-dire le double postulat de l’unicité de la cause et de la proportionnalité de l’effet à la cause.

2° Il ne me paraît pas que la théorie du chaos soit exclusivement mathématique. Sans revenir sur la question des jugements synthétiques a priori, si nous admettons que les sciences naturelles sont les sciences du réel, que les sciences physiques sont celles du possible, celui-ci incluant celui-là, et qu’enfin les sciences mathématiques sont celles du concevable, lui-même incluant le possible, il me semble qu’il n’y a pas lieu d’établir un tel clivage entre physique et mathématiques. C’est cette double inclusion qui me paraît rendre compte, par exemple, de ce que la théorie des groupes se soit révélée pertinente pour appréhender l’évolution de certains amas stellaires.

Ceci dit, la théorie du chaos rend compte de l’évolution erratique de certains systèmes dynamiques réels qui présentent toujours les deux caractères typiques :

  • sensibilité aux conditions initiales
  • existence de rétroactions

Au demeurant Ilya Prigogine utilise bien l’expression « systèmes chaotiques » pour qualifier des systèmes physiques et nous invite expressément à modifier notre vision du réel.

Mais ce dernier point réclamerait à lui seul une réflexion approfondie.

 

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Sommaire des travaux publiés

J.-M. Muglioni : contribution au débat sur l’exposé de M. Grimaldi

Jean-Michel Muglioni :
contribution au débat sur l’exposé de Muriel Grimaldi
Monde et environnement

Le propos de Muriel Grimaldi a mis l’accent sur la nécessité de prendre des mesures pour préserver l’avenir de la planète – et je ne remets pas en cause l’idée qu’il faut dans cette perspective tenir compte des plus petites choses, ni même l’avertissement qui nous a été finalement donné, que sans cela nous courrions à la catastrophe. Mon intervention a porté seulement sur l’usage qui a été fait des probabilités et sur celui de ce que les mathématiciens appellent la théorie du chaos

1/ Lorsqu’on dit que les chances d’avoir un accident d’avion sont de x/100, le calcul porte sur le rapport entre le nombre total d’heures de vol effectuées par des avions dans le monde et le vol qu’on va effectuer. De même que si l’on dit qu’il ya une chance sur six de tirer le six au dé, c’est qu’on ne peut tirer qu’une des six faces du dé. Si maintenant on dit que le scénario catastrophique (en cas de réchauffement climatique) est de 50/100, on fait un autre usage des probabilités : j’ai seulement voulu dire que comparer ces deux usages n’avait pas de sens. On ne peut pas dire que nous devons prendre en compte un scénario qui a une chance sur deux de se produire parce qu’on ne prendrait pas un avion qui a une chance sur deux de tomber en vol. Par contre on peut dire qu’il faut tout de même prendre en compte ce scénario ! Mais pour une autre raison.

2/ La théorie du chaos est une théorie mathématique qui n’est pas plus catastrophiste que la théorie des irrationnels n’est irrationnelle.
Alogos ou irrationnel au sens le plus restreint veut dire incalculable et en l’occurrence incommensurable à l’unité, ce qui n’exclut pas une autre forme de calcul. Aucune irrationalité n’est donc introduite par là dans les mathématiques. Au contraire, la théorie des irrationnels permet de calculer les racines carrées quelles qu’elles soient.

La théorie du chaos avance dans le même ordre de problème et découvre un nouvel « incalculable », objet mathématique parfaitement rationnel, et la première erreur serait d’entendre « incalculable » en un sens seulement quantitatif (tellement grand qu’on ne peut le calculer). La seconde vient non seulement de l’usage métaphorique qui est fait du terme de chaos (car si c’était réellement et en soi chaotique, ce ne serait pas un objet mathématique) mais de l’image utilisée par Lorenz en 1972, je crois, celle de l’aile de papillon qui du Brésil provoquerait une tornade au Japon, ce que Madame Grimaldi a interprété comme une remise en cause du principe de causalité (une toute petite cause pouvant produire de grands effets et même des catastrophes planétaires). Lorenz envisageait la complexité de phénomènes où concourent une infinité d’ailes de papillons (ce qui est d’abord pour nous le plus grand désordre et incalculable) que la théorie mathématique du chaos permet de maîtriser et rend donc calculables. Le problème est mathématique et ne concerne pas la causalité.

Chaos ici ne signifie pas catastrophe mais désordre, au sens où par exemple planète en grec signifie astre errant, désordre cosmique. Mais de même que la révolution copernicienne a trouvé ce qui permettait de ramener ce désordre à l’ordre, la théorie du chaos permet de trouver un ordre là où il y d’abord pour nous un désordre. Dans son application à la physique, cette théorie mathématique n’est pas une régression dans la détermination d’un ordre des phénomènes mais un progrès…

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