La mondialisation néo-libérale contre le cosmopolitisme (par M. Brailly)

Atelier « Le monde »

séance du 26 novembre 2011

La mondialisation néo-libérale contre le cosmopolitisme,
par Magali Brailly (1)  : résumé et bibliographie

RÉSUMÉ. – Le propos de cet exposé consiste à interroger la mondialisation dans sa phase néo-libérale actuelle à travers le prisme du cosmopolitisme. Depuis la fin du XXe siècle, le néolibéralisme est devenue une force normative et  politique décisive dans la gestion de la mondialisation. Pourtant, la voie néo-libérale n’est pas exempte de paradoxes qui mettent au jour les limites d’un système qui néglige toute pensée complexe  de l’individu et de la société, détourne les valeurs du cosmopolitisme vers les critères du marché et semble incapable d’apporter une réponse politique cohérente aux nouveaux défis mondiaux et risques civilisationnels qui au fur et à mesure qu’ils surgissent conduisent à des mouvements de contestation et à des conflits :  le globalisme néolibéral encourage davantage le développement du relativisme et des petits mondes de l’entre-soi, qui isole les uns les autres et facilite la résurgence des revendications identitaires et nationalistes,  qu’il ne favorise le partage de sens et la formation d’un monde commun. Toutefois,  et telle sera la ligne de force qui soutiendra notre réflexion, les contradictions du néo-libéralisme ne doivent pas obligatoirement mener à une re-nationalisation ou à une re-tribalisation du monde : il est possible qu’elles ouvrent aussi la voie à un « cosmopolitisme réflexif » qui dépasserait le clivage moderne entre normes publiques et valeurs privées tout en déjouant le double piège de l’indifférence post-moderne et de l’enfermement communautaire.

1 – Doctorante-contractuelle à l’Université Paris-Est – LIS EA 4395. Cet article s’inscrit dans le cadre d’une recherche en cours relative aux transformations contemporaines du « libéralisme » confronté aux nouveaux impératifs de responsabilités (sociale, environnementale,  économique, politique, culturelle, scientifique).

Références bibliographiques :

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ZARKA, Y.C., GUIBET LAFAYE, C., Kant cosmopolitique, Paris, Editions de l’Eclat, 2008

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Voir le débat :

Contribution de Didier Deleule

Atelier « Le monde » 2011-2012, calendrier et programme

Responsables : Jean-Michel Muglioni et Jacques Doly

Les séances ont lieu de 10h à 13h au CAPHES, 29 rue d’Ulm, 75005 Paris

  1. 26 novembre 2011 : Magali BRAILLY (Université Paris-Est Créteil, laboratoire « Lettres, Idées, Savoirs », Monde et mondialisation. Voir compte rendu et débat.
  2. 21 janvier 2012 : Muriel GRIMALDI (Lycée Darius Milhaud, Kremlin-Bicêtre), Monde et environnement. Voir compte rendu, texte intégral et débat.
  3. 11 février : Dimitri DERAT (Lycée Marcelin Berthelot, Pantin), L’infinité du monde objet de la raison et de l’imagination. Voir argument et texte intégral de l’exposé.
  4. 24 mars : Gwenolé LE MEST (Lycée Marie Curie, Tarbes), Le monde : science et philosophie. Voir argument et texte intégral de l’exposé.

Les arguments, documents, comptes rendus et textes divers sont accessibles, au fur et à mesure de l’avancement des travaux, sur cet espace web.

L’accès aux séances est libre pour tous les adhérents de la SFP, dans la limite des places disponibles. Toutefois, la salle étant d’une capacité limitée, il est préférable de prendre contact préalablement avec les responsables de l’atelier. Les non-adhérents peuvent également y participer avec l’accord du responsable de l’atelier : merci de prendre contact préalablement par mél.

  • atelier.monde<arobase>sofrphilo.fr

Atelier 2011-2012, appel à communications

Atelier « Le monde », responsables : Jean-Michel Muglioni et Jacques Doly

La Société française de philosophie organise un atelier, sous la responsabilité de Jacques Doly et Jean-Michel Muglioni, pour permettre aux professeurs de philosophie et à tous ses adhérents de faire état de leurs travaux accomplis dans le cadre de la préparation de leurs cours, d’études doctorales ou de recherches personnelles. Nous avons retenu comme thème de réflexion pour la première année de cet atelier : le monde.

Nous proposons d’organiser à Paris quatre réunions par an le samedi à 10h, dont les dates et le lieu seront déterminés à la rentrée de septembre. Chaque séance comportera une ou deux communications suivies d’une discussion.

Nous faisons appel à communications.

Il sera évidemment possible de participer aux séances et d’y intervenir sans avoir nécessairement proposé une communication. Par ailleurs le choix du thème de réflexion n’exclut pas que puissent être abordées d’autres questions qui seraient définies au fur et à mesure du travail de l’atelier.

Cet appel concerne, outre les universitaires et les membres de la Société française de philosophie, tous les professeurs des lycées. Sachant la conviction philosophique dont ils font preuve dans la solitude de leurs classes, la Société française de philosophie souhaite leur offrir dans ce cadre l’occasion de se retrouver dans une communauté philosophique.

Contact
Les personnes désirant participer à cet atelier peuvent dès maintenant nous l’indiquer en écrivant

  • à l’adresse électronique : atelier.monde<arobase>sofrphilo.fr
  • ou à défaut à l’adresse postale de Jean-Michel Muglioni – 33 rue Saint-Ambroise 75011 Paris.

Accueil

« Sur la contribution d’Amartya Sen… », par C. Guibet Lafaye et E. Picavet

Atelier « La République et l’Europe »

Sur la contribution d’Amartya Sen:
éthique des capacités et politiques sociales

par Caroline Guibet Lafaye (CNRS, Centre Maurice Halbwachs, Paris)
et Emmanuel Picavet (Université de Franche-Comté, LRPLA et section de philosophie, Besançon)

Texte (oct. 2010) issu des présentations d’E. Picavet et C. Guibet Lafaye lors de la rencontre de l’Institut International de Philosophie, « La philosophie et l’état du monde », Paris, 15-18 Septembre 2010. Table ronde, en collaboration avec la Société française de philosophie : Les indicateurs du bien-être (‘au-delà du pib’), et d’autres suggestions constructives / Criteria of Global Well-Being (‘Beyond gdp’), and Other Constructive Suggestions

Résumé
Dans l’atelier « Europe » de la Société Française de Philosophie, nous avons été conduits à réfléchir sur les principes du jugement concernant les politiques sociales et ce que l’on peut appeler les évolutions du modèle (ou de l’ancien modèle) de l’Etat social dans l’Union Européenne. L’approche par les capacités au sens d’A. Sen peut être mobilisée à partir de la conviction qu’il faut tout à la fois tenir compte (1) des réalisations positives concernant le bien-être des personnes et (2) des capacités de choix des personnes. Nous soulignerons l’enracinement de l’approche d’A. Sen dans une réflexion philosophique sur les rapports entre éthique et information. Certaines limites politiques de cette approche seront discutées à partir d’une discussion du lien avec l’Indicateur de développement humain des Nations-Unies.

Abstract
In the « Europa » workshop of Société Française de Philosophie, we have had an opportunity to discuss the principles of social policy evaluation, in connection with current evolutions of the Welfare-State model. It is possible to use Amartya Sen’s capability approach, given that we are to consider both positive achievements concerning (1) personal welfare and (2) choice capacities. We’ll stress that A. Sen’s approach is rooted in philosophical elaborations about the connections between ethics and information. Some political limits of the theory will be discussed, starting from the links with the United Nations’s Human Development Index.

Télécharger le texte intégral de la communication en PDF.

AccueilSommaire des travaux publiés

Agenda: Atelier « République & Europe » 2010

– Dates de réunion prévues (13h-15h, salle 91 du CAPHES/ DEC, 29 rue d’Ulm, RdC, couloir de droite) :

– 22 janvier 2010 Introduction par E. Picavet : comparaison de l’ancien projet de Traité constitutionnel et du Traité de Lisbonne sur quelques points liés aux thématiques retenues.

– 12 mars 2010 Présentation par Sylvain Lavelle : la pensée post-dialogique ; après Habermas.

– 16 avril 2010 Exposé par Bernard Reber : l’Europe entre faits et normes : l’exemple du principe de précaution.

– 28 mai 2010 Thème à déterminer.

La République et l’Europe. Lancement et considérations initiales (E. Picavet)

Société française de philosophie

Lancement de l’atelier de recherche « La République et l’Europe »,

le 6 novembre 2009,  salle 91  du centre de recherches CAPHES/ DEC,

29 rue d’Ulm, Paris.

***

–          Tour de table

 

Personnes présentes :

Mme Stéphane Aymard (doctorante en philosophie, Université de Franche-Comté, Besançon)

M. Patrick Ghrenassia (professeur agrégé de philosophie, Institut Universitaire de Formation des Maîtres, Versailles)

Mme Caroline Guibet Lafaye (chargée de recherches au CNRS, Centre Maurice Halbwachs, Paris)

Mme Anna Zielinska (doctorante en philosophie, Université P. Mendès-France, Grenoble).

M. Sylvain Lavelle (professeur de philosophie, Polytechnicum de Lille)

M. Bernard Reber (chargé de recherches au CNRS, CERSES, Université René Descartes, Paris).

Mme Emmanuelle Glon (docteure en philosophie, assistante de recherche, Université Denis Diderot, Paris).

M. Emmanuel Picavet (professeur de philosophie pratique moderne et contemporaine, Université de Franche-Comté, Besançon), coordinateur.

 

Autres personnes se joignant  aux activités :

Mr. David Duhamel (post-doctorant, sciences économiques),

Mr. Sébastien Groyer (Caisse des Dépôts et Consignations, doctorant en philosophie à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne),

Mr. Pol-Vincent Harnay (post-doctorant, sc. économiques),

Mme Sabine Plaud (post-doctorante, philosophie),

Mme Sophie Pellé (post-doctorante, sc. économiques),

Mme Alice Le Goff (attachée temporaire d’enseignement et de recherche, philosophie)

Mme Maria Bonnafous-Boucher (docteure en philosophie, directrice de la recherche de l’école Advancia-Negocia, Chambre de commerce et d’industrie de Paris).

Mr. Karim Bouhassoun (doctorant en philosophie, Université de Franche-Comté)

Mme Speranta Dumitru (maître de conférences en éthique sociale et science politique, Université René Descartes, Paris).

***

– Emmanuel Picavet (Université de Franche-Comté) : Considérations initiales

Tandis que nous célébrons les vingt ans de la chute du Mur de Berlin, il y a lieu de s’interroger encore sur l’avenir de l’Europe : les hésitations des derniers jours du Président Klaus à propos de la signature du Traité de Lisbonne en donnent un témoignage éclatant.

Des questions politiques essentielles sont en cause, à l’articulation  de l’idée nationale et du projet européen. Pour ce qui regarde la France, ces questions sont suscitées par la rencontre de la République et de l’idée d’Europe. Les développements politiques de l’Union européenne sont tributaires d’incertitudes fondamentales et de raisons de l’action dont le traitement relève, croyons-nous, de la philosophie politique.

C’est dans ce contexte que la Société française de philosophie, dans la droite ligne de son engagement déjà ancien dans le sens de l’examen rationnel de problèmes importants qui intéressent la société, lance un atelier de recherche à la fois ouvert quant à la participation et aux  modalités d’intervention et ciblé dans son projet. Il s’agit d’examiner philosophiquement les enjeux de l’évolution de l’idée d’Europe et de l’idée de République (ou de Nation, ou d’Etat souverain) dans le contexte politique formé par les contraintes, le fonctionnement et le projet même de l’Union européenne.

Dans ce champ – et c’est l’une des raisons pour lesquelles il intéresse la philosophie – les incertitudes sur les évolutions politiques de la structure communautaire sont étroitement liées aux incertitudes sur les changements dans la vie sociale, dans les traditions et dans les principes des différentes sociétés européennes. La réflexion sur les destinées de l’Union européenne est, pour les philosophes, une invitation à remettre sur le métier l’analyse des rapports entre les normes, les institutions et les habitudes de la vie sociale.

Par ailleurs – et nous pouvons y voir un autre thème d’intérêt majeur pour la philosophie – les évolutions de l’Union européenne sont tributaires d’évolutions dans le sens attribué aux principes de référence. On a donc l’occasion, dans ce champ, de saisir l’incidence du rapport aux principes dans la dynamique institutionnelle. Comme les philosophes s’intéressent depuis toujours à la nature et à l’opération du gouvernement d’après des principes, ils ne peuvent se détourner de ce type d’investigation. Les principes gouvernant les services publics, l’économie de marché, les droits de l’homme et les droits sociaux, parmi d’autres, ne peuvent manquer de retenir notre intérêt.

Les dernières étapes majeures de la construction européenne (le rejet du traité constitutionnel, la ratification en cours du traité de Lisbonne) s’inscrivent dans le processus de constitutionnalisation engagé depuis le traité de Rome au moins. Depuis assez longtemps, et en l’absence même d’un document officiel appelé « constitution », les politologues évoquent la « constitutionnalisation » européenne (Alec Stone Sweet et co-auteurs), la « constitution économique » de l’Europe (Streit et Muessler, dans la lignée de la « constitution de la liberté » de Hayek), l’« unification européenne » (Ernst Haas), l’« institutionnalisation de l’Europe » (Fligstein et Sandholtz), etc.

La répartition des domaines de compétence dépend très largement (les travaux de Patrick Le Galès, de Victoria Louri de Silvana Sciarra et d’autres l’ont confirmé) des rapports de pouvoir et de la conquête de la légitimité par les institutions au sein d’un champ politique qui n’est que partiellement organisés par les traités. Chaque traité fixe à grands traits une répartition des pouvoirs et des compétences dont on sait qu’elle est, sur des points importants, encore appelée à évoluer. C’est une invitation à réexaminer les rapports entre pouvoir réel et autorité formelle, ainsi que les bases de la théorie du fédéralisme.

Les objectifs et valeurs de l’Union répondent à une vision générale humaniste mais la référence insistante à un certain modèle économique peut faire débat. Ainsi, dans les objectifs de l’Union tels que décrits dans le projet de traité constitutionnel (partie I, titre I, arts. 1-3), la référence à une « économie sociale de marché hautement compétitive » pouvait certainement servir de caution à des mesures de libéralisation ou de remise en cause des services publics ou des droits sociaux. En effet, dans certaines doctrines économiques de référence, être « hautement compétitif » implique le sacrifice très précis d’un certain nombre de droits sociaux (restrictions sur la durée du travail et la forme des contrats de travail, salaire minimum, etc.) tandis que les objectifs généraux qui étaient également mis en avant, en particulier le fait de « tendre » vers le plein-emploi, ont une signification très vague dans la plupart des discours économiques et des politiques associées.

Ici et là, des réserves s’expriment sur la place importante réservée à la concurrence libre et non faussée comme valeur fondamentale. Il va de soi que les mécanismes concurrentiels peuvent avoir des propriétés intéressantes dans l’organisation des marchés, en termes d’efficacité. Mais il y a assurément quelque chose d’étrange dans la manière dont on quitte parfois ce terrain instrumental pour transformer en une valeur substantielle et fondamentale la mise en concurrence des uns avec les autres autour d’enjeux marchands ou financiers.

Cela conduit à poser la question des rapports entre théorie et pratique, qui s’éclaire d’un jour nouveau si l’on entre dans le détail du fonctionnement de l’Union. Il s’agit en effet d’un ensemble politique dont les pratiques mobilisent à un degré considérable les théories politiques ou économiques ainsi que diverses formes d’expertise dans les sciences de la nature et les sciences de l’ingénieur. On remarque parfois une association étroite entre des termes apparemment neutres et des doctrines souvent inconnues du public, mais qui conditionnent les évolutions dans l’interprétation de ces termes et dans la mise en œuvre des propositions qui en résultent.

Du point de vue de la recherche et de l’éducation – sujet traditionnel de préoccupation pour la Société française de Philosophie –  les valeurs qui sont consacrées par l’Union ont un caractère volontariste et positif, de nature à favoriser le développement d’une économie de l’information, de la communication et du savoir. C’est une chance pour la République, si l’on estime qu’il est en effet du ressort des instances européennes de donner une impulsion et un cadre de référence aux réformes et aux initiatives nationales. Mais la référence insistante au progrès scientifique et technique dans les textes européens conduit à examiner les modalités du débat sur les enjeux éthiques.

De nombreux problèmes se posent à propos des clauses de conscience, du respect de la diversité des expériences nationales et de la traduction, en pratique, du principe de précaution. Il y a lieu de s’intéresser tout particulièrement aux modalités de la prise en compte des avis de différents publics, notamment pour apprécier l’impact que cela peut avoir sur les marges de manœuvre des institutions dans leurs relations mutuelles.

Par ailleurs, l’architecture de l’Union, tout en constituant un pôle mondial majeur pour la démocratie au XXIème siècle, entretient des rapports complexes avec les conceptions démocratiques les plus classiques. Des institutions non représentatives telles que la Commission et la Banque Centrale Européenne, ainsi qu’une juridiction (la Cour de Luxembourg) se voient reconnaître des pouvoirs très importants, tandis que le rôle du Parlement européen reste quelque peu effacé, même si ses prérogatives doivent être substantiellement étendues par le Traité de Lisbonne.

La représentation dans l’Union est originale et soulève des questions. D’un côté, il y a la représentation directe des citoyens au Parlement européen. D’un autre côté, il y a la représentation des Etats ou des gouvernements au Conseil européen et au Conseil. N’est-ce pas une sorte d’anamorphose de la forme politique ? Soit on évoque cette forme politique en partant des Etats membres et de leurs délégations de pouvoir  à l’Union. On partira alors des peuples. Ou bien l’on part de l’Union, et alors on ne rencontrera pas directement le peuple (seulement « les citoyens » de l’Union, les Etats membres et les gouvernements). Il faut, à l’évidence, réexaminer les fondements de la citoyenneté de l’Union, les aspirations qui la portent et les problèmes qu’elle rencontre.

La question de la représentativité et de son rapport avec la représentation doit être posée. Par exemple, aux termes du défunt projet constitutionnel, la constitution de la Commission devait refléter « d’une manière satisfaisante l’éventail démographique et géographique de l’ensemble des Etats membres ». Les membres des nouveaux comités consultatifs institués (comité des régions, comité économique et social) devaient eux aussi être représentatifs (respectivement des élus locaux et des acteurs de la société civile).

La crise de légitimité dont on a espéré sortir par le projet constitutionnel avait trait, fondamentalement, aux exigences de la démocratie. La « doctrine Monnet » et ses prolongements réservent une place aux processus démocratiques, mais à côté de tendances plus élitistes. Au total, on mesure souvent assez mal l’ampleur des bouleversements idéologiques qui ont réaménagé le monde occidental depuis les années 1980. Les idées ont une efficacité en politique et, justement, le débat européen, qui est un débat plus ou moins continu (avec des moments forts) est l’occasion d’affronter telles qu’en elles-mêmes des évolutions intellectuelles relativement récentes, qui parviennent aujourd’hui à une concrétisation politique.

On ne saurait sous-estimer, par exemple, l’influence pratique du néo-libéralisme théorique. Dans ce  courant de pensée, on met volontiers l’accent sur les risques associés à la pratique démocratique des pouvoirs : la myopie face aux enjeux du long-terme, le clientélisme des dirigeants élus et la dictature des minorités agissantes, l’aveuglement du peuple sur les conséquences de ce qu’il réclame, etc. Quelles peuvent en être les conséquences du point de vue de l’engagement à servir le bien commun ?

La politique est systématiquement rapportée au registre des tentations collectives contre lesquelles il faut se prémunir en durcissant les règles « constitutionnelles ». Le thème des risques de la démocratie, développé à loisir par des auteurs aussi prestigieux que les prix Nobel Friedrich von Hayek et James Buchanan, ne correspond certes à rien de connu pour le grand public; mais plusieurs générations de dirigeants ont été formés à ces idées, en particulier dans les facultés de droit et de sciences économiques, parfois en philosophie ou en sociologie, depuis la fin de l’influence prépondérante du marxisme académique. Le point culminant a sans doute été atteint lorsque James Buchanan, dans un ouvrage influent co-rédigé avec le philosophe Geoffrey  Brennan (The Reason of Rules), a proposé de transformer en religion civique le respect d’une constitution politico-économique d’orientation libérale.

Le champ politique demeure travaillé et structuré par des idées et des doctrines. Certains responsables ont des convictions et agissent d’après des convictions, parfois très proches des élaborations théoriques. Par exemple, les plans institutionnels pour le projet « euro », les « critères de Maastricht » et l’institution de la Banque Central Européenne ont été discutés dans les principaux laboratoires de sciences économiques, et l’on peut y voir le triomphe de la doctrine monétariste. Le marché des droits à polluer dans l’Union européenne est directement issu de la théorie économique. Les principes d’attribution des  pouvoirs retenus dans la Constitution sont directement issus des travaux de nombreux politologues et philosophes politiques sur la gouvernance à plusieurs niveaux. On peut ajouter que la thématique de la reconnaissance des minorités, aujourd’hui très présente dans l’Union, reflète la forte inflexion des doctrines libérales, au cours des dernières années, en direction du multiculturalisme et de l’approfondissement des droits culturels.

C’est pourquoi l’Union constitue aujourd’hui un champ de réflexion privilégié du point de vue de la philosophie appliquée et de ses méthodes, qui restent d’ailleurs largement à élaborer. N’en est-ce pas, pour nous, l’occasion ?

– Discussion et modalités du travail

Ces différents éléments et la discussion conduisent à privilégier les thèmes suivants :

– les formes du bien commun, en rapport avec (1) les services publics et (2) la démocratie et les limites de la démocratisation des procédures délibératives ;

– les méthodes de la philosophie appliquée, en référence à l’éthique, à la conception institutionnelle, à la philosophie politique et à la philosophie économique. Il faut clarifier notamment les rapports profonds et complexes entre les « études européennes » et la philosophie.

On peut noter, dans le champ des études sur l’Union, un tournant normatif dans les études positives (par exemple chez Bellamy, Castiglione,…): c’est à examiner, au point de vue méthodologique. La question de l’incidence des doctrines est importante.

Il faut aussi travailler la question du rapport entre citoyenneté, délibération et participation.

Chacune des séances devrait donner lieu à une introduction (exposé de 30 mn. environ), à un travail collectif et, à la suite, à un bref bilan écrit qui puisse être posté sur le site de la Société.

Des invitations et des visites aux institutions sont envisageables, si les ressources le permettent. L’atelier pourrait déboucher, à l’initiative des post-doctorants, sur un colloque consacré à la nature des faits dans des contextes marqués par l’influence de normes. Il faut étudier la place de l’Europe « entre faits et normes », en examinant les rapports qui se nouent entre principes, langage et interprétation. La question des soubassements culturels de l’Union est également intéressante.

En outre, la question du statut du modèle républicain français est à situer non seulement dans le contexte européen, mais dans une restitution de ce que ce contexte doit à la dynamique de la mondialisation et de la marque qu’il imprime à celle-ci en retour.

–          Dates de réunion prévues (13h-15h, salle 91 du CAPHES/ DEC, 29 rue d’Ulm, RdC, couloir de droite) :

– 22 janvier  2010        Introduction par E. Picavet : comparaison de l’ancien projet de Traité constitutionnel et du Traité de Lisbonne sur quelques points liés aux thématiques retenues.

– 12 mars 2010            Introduction par B. Reber : l’Europe entre faits et normes : l’exemple du principe de précaution.

– 16 avril 2010 Introduction par S. Lavelle : l’espace public du citoyen européen.

– 28 mai 2010              Thème à déterminer.

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Brève notice de présentation technique

Le site est encore en phase de test.  Merci aux lecteurs d’être patients et de nous excuser pour les éventuelles maladresses de présentation, le site s’enrichira et s’améliorera petit à petit.

C’est un « site collaboratif » annexé au site principal de la Société française de philosophie.
Plusieurs auteurs peuvent être validés par l’administrateur pour publier, modifier ou supprimer leurs propres articles. Chaque responsable d’atelier pourra ainsi être autonome, ayant son propre identifiant et son mot de passe.

Quelques mots sur les modules de la colonne de navigation située à droite dans la page d’accueil.

  • Le moteur de recherche scrute tous les contenus, il est très performant.
  • Les « Infos générales » récapitulent les pages statiques, dont une page d’accueil.
  • La rubrique « Ateliers et documents » liste les catégories d’articles :  chaque Atelier constitue une catégorie distincte.  On peut en créer autant qu’on veut et y placer autant d’articles qu’on veut, y compris avec une arborescence.
  • D’autres modules peuvent alimenter la colonne : archives, liens, calendrier des publications, texte libre au choix, nuages de mots-clefs.
  • Merci aux lecteurs qui souhaitent nous signaler des erreurs ou faire des suggestions sur la conception et la présentation du site de s’adresser à un responsable d’atelier ou d’utiliser le formulaire de contact situé sur la page d’accueil.

    Accueil

    Essais et codes

    Couleurs sites SFP

    Rouge très sombre : #8C0507

    Rouge soutenu : #B60D0F

    Rouge trame : #D1CACA

    Vert sombre : #769376

    Vert moyen : #97B797

    Vert trame : #CBD1CA

     

    Shortcodes

    Titre du spoiler
    Contenu caché

    Sommaires dans des boîtes thématiques

     

    Afficher des catégories combinées avec différents opérateurs logiques. Exemples avec les catétories 8 (Idée de science 2e année) et 17 (Publications)

    • Réglage par défaut = 0 ou IN : affiche tous les posts des deux catégories
    • Réglage de l’opérateur = AND : n’affiche que les posts qui figurent dans les deux catégories à la fois
    • Réglage de l’opérateur = NOT IN : affiche les posts qui ne sont dans aucune des deux catégories mentionnées

     

     

     

    Texte avec appel de note1 de bas de page.

    1Note de bas de page.

     

    Test article d’annonce n°2

    Titre de l’article d’annonce

    Je publie mon contenu, soit en l’écrivant directement, soit en collant un texte existant.

    L’éditeur de texte accepte Word et Libre office.

    Je le mets en forme (titres, polices de caractère etc.) Lien éventuel vers un document. etc. Je colle à la fin le formulaire d’inscription que j’ai récupéré sur un article d’annonce existant.

    Je le « catégorise » (module « Catégories »)

    J’utilise le module « Publier » pour l’enregistrer en brouillon et pour le publier.

     

    Faire un lien.

    Récupération du lien sur la barre d’adresses de la publication à indiquer, copier dans le presse-papiers.

    Sélectionner la chaîne de caractères qui va supporter le lien. Cliquer sur « insérer un lien » dans la barre d’outils de l’éditeur de texte. Coller le lien, choisir les options. OK

    Ex. Lien vers l’annonce de lintervention de Henri Elie. ou encore Cliquer ici.

     

    S’inscrire (avant le changer la date) pour assister à la séance :

    Conditions d'accès

    Les ateliers sont ouverts à tout adhérent de la Société française de philosophie, dans la limite des places disponibles. Les non-adhérents peuvent également y assister avec l’accord du responsable de l’atelier. Toutefois, les salles ayant des capacités limitées et l'accès aux locaux étant soumis à des consignes de sécurité, il est impératif de prendre contact préalablement avec un responsable de l’atelier.